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Philosophie

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Spinoza (1632-1677)

Spinoza est le plus antiaristotélicien des philosophes; d'après lui, la réalité est parfaite : tout ce qui doit exister existe et il n'y a pas à chercher une quelconque perfection au-delà de la réalité elle-même. Il n'y a pas chez Spinoza d'au-delà du temps : la béatitude n'est pas la récompense qui attend l'âme dans l'au-delà, mais l'état actuel, effectif de l'âme : l'éternité est ici et maintenant !



Pour Descartes, il y a deux substances : la matière et l'esprit, pour Leibniz, il y en a une infinité : les monades; pour Spinoza, il n'y a qu'une seule substance appelée Dieu ou Nature, pas le dieu transcendant, créateur du ciel et de la terre, mais ce que nous nommons réalité, monde, chose, ... une réalité qui s'identifie à la perfection. Dieu n'est pas extérieur au monde, mais immanent à la Nature, il est la Nature. Cette affirmation lui vaudra l'accusation d'athéisme, l'excommunication de sa communauté juive dans laquelle il vivait et une existence de reclus.

Pour Spinoza, l'âme et le corps ne sont pas deux parties de l'être humain, mais deux dimensions parallèles : la série des états d'âme et celles des états du corps coïncident au point que l'une peut être considérée comme la traduction de l'autre (on peut donner une traduction psychologique d'états physiologiques et inversement). Les psychanalystes tiennent Spinoza pour le philosophe ayant le plus ouvert la voie à Freud.

Constatant les méfaits de l'utilisation de la religion par les pouvoirs politiques, qui mènent leurs sujets à suivre docilement leurs décisions et accomplir leurs projets, même les pires, Spinoza prône une séparation stricte entre le religieux et la politique; à ce titre, il est un précurseur de la laïcité. Depuis ses origines, la philosophie n'aime pas la démocratie, essentiellement à cause de la bêtise attribuée à la foule, et lui préfère la monarchie (cf despotisme éclairé prôné par Platon). A cet égard, Locke, Spinoza, Rousseau et Marx, penseurs de la démocratie, sont des exceptions notables. Spinoza ne pose pas le problème en terme d'idéal politique; il considère la démocratie comme le régime de la raison, donc de la puissance, donc de la liberté; il convient à la nature raisonnable de l'être humain, les autres régimes le traitant en animal.

Spinoza récuse la liberté abstraite des hommes, celle qui consiste à choisir entre des options contraires (libre arbitre) ou semblables (liberté d'indifférence); pour lui, être libre ce n'est pas "pouvoir faire", c'est faire (cf le sketch avec Pierre Dac et Francis Blanche : "il peut le faire, il peut le faire !). Personne ne peut abandonner la liberté de juger et de penser; chacun est maitre de ses pensées : c'est un droit que chacun tient de sa nature.

Sur Philagora, une aide à la compréhension de l'Ethique, l'oeuvre capitale de Spinoza.

Descartes (1596-1650)

Descartes est à l'origine de la philosophie des temps modernes; il fut le premier à construire un véritable système philosophique, comme le feront par la suite Spinoza, Locke, Berkeley, Hume et Kant.

Il y a une filiation de Socrate et Platon jusqu'à Descartes en passant par Saint Augustin : ils étaient tous des rationalistes invétérés et avaient la conviction que seule la raison permet une connaissance claire : ne pas se fier à nos sens ni aux écrits anciens. Descartes propose de commencer par la connaissance de ce qui est le plus simple et le plus fondamental puis le composer jusqu’aux connaissances complexes. En sens inverse, en face d’une question complexe, la décomposer en ses éléments les plus simples.

Cette méthode présuppose que tout problème se décompose en éléments simples traitables individuellement. Elle suppose donc que la complexité n’est qu’un effet de la composition, en excluant la possibilité d’une complexité essentielle à certains phénomènes indécomposables.

Descartes explique que la philosophie est comme un arbre dont les racines sont la métaphysique, le tronc la physique et les branches les autres sciences avec trois branches principales : la médecine, la mécanique et la morale. Ce sont ces branches qui produisent des fruits ; dans la vie de tous les jours, nous profitons des applications de ces sciences mais il faut auparavant que grandisse tout l’arbre de la philosophie.

Les quatre maximes de Descartes sont :
  • conformisme de principe : se ranger aux coutumes des hommes parmi lesquels on vit,
  • lorsqu’on prend une décision, s’y tenir avec fermeté comme si c’était la meilleure,
  • ne pas désirer l’impossible,
  • rechercher la vérité pour savoir quoi faire de sa vie.
Descartes transpose la méditation en exercice philosophique et le doute comme principe de base à toute méditation : imaginer qu’un Malin génie tout puissant a décidé de nous tromper et considérer comme fausse toute connaissance, à commencer par des évidences comme 2 et 2 font 4, … « comme si on était tombé dans une eau très profonde sans savoir dans quelle direction se trouve la surface ». A ce stade, une seule chose est sûre : pendant qu’on doute de tout, c’est qu’on doute. Il reste à reconstruire les vérités une à une.

La première vérité, « Cogito ergo sum ! » : en doutant, je pense … donc je suis !

La seconde vérité, « Dieu existe » :
  • Dieu existe parce que j’en ai l’idée : on peut, par imagination, fabriquer des idées (idée d’homme + idée de cheval = idée de centaure), mais pas l’idée de Dieu, affirme Descartes, parce qu’elle contient un infini. Explication : je doute, donc je ne suis pas un être infini, donc je ne peux pas être la cause créatrice de l’idée de Dieu parce que je ne peux pas avoir mis dans cette idée l’infini que je ne possède pas en moi, donc l’idée de Dieu me vient de l’extérieur et d’un être infini qui possède les perfections infinies qui appartiennent à l’idée de Dieu, donc l’idée de Dieu ne peut avoir été créée que par Dieu, donc Dieu existe et il est bien Dieu.
  • Dieu existe par définition : parmi les propriétés que possède Dieu figurent toutes les perfections possibles, or l’existence est une perfection (un Dieu qui existe est plus parfait qu’un Dieu exactement semblable mais qui n’existe pas).
La troisième vérité (la règle d’évidence) : Dieu étant parfait ne peut pas vouloir nous tromper, jamais, en aucun cas ; donc toute idée qui nous apparait parfaitement claire et distincte est vraie ; mais attention la liberté de penser qu’il a semée dans notre esprit peut nous amener à des jugements précipités qui sont alors faux. Descartes affirme que l’homme est confronté à un monde créé et ordonné par un Créateur qui a voulu que l’esprit humain puisse connaître ce monde ; nous sommes donc prédestinés à partir à la recherche de la vérité et à la conquête du monde.

Selon Descartes, Dieu nous a donné accès à la connaissance des causes efficientes (les mécanismes matériels) pas à la connaissance des causes finales (les fins de la nature) qui relèvent de sa souveraineté. Expliquer signifie donc décomposer le mécanisme matériel, rien de plus. Descartes construit donc une physique strictement mécaniste et matérialiste.

Descartes ramène toute la Nature au statut de simple machine matérielle ; pour lui l’homme est un animal-machine auquel viennent s’ajouter les fonctions de l’âme. Il distingue radicalement l'âme (substance pensante) et le corps (substance étendue). A l'époque aristotélicienne, l'âme et le corps ne faisait qu'un par conséquent il n'y avait pas de distinction entre la science et la philosophie. Le dualisme introduit par Descartes est à la base de nouveaux courants psychologiques.

D’après lui, l’âme a son siège dans une petite glande du cerveau qu’il appelle « pinéale » ; lors d’une perception, les esprits viennent frapper la glande avec certains paramètres qui font que l’âme reconnait la perception (un loup devant soi) et renvoie des messages vers les nerfs moteurs (demi-tour et fuite) ; l’âme peut également mouvoir de sa propre volonté les esprits, ces particules qui circulent dans les nerfs. Lorsque le corps agit sur l’âme par le mouvement des esprits, il déclenche une passion de l’âme qui subit (colère, peur, joie, …). L’homme doit alors maîtriser, dresser ses passions qui sont toutes bonnes par nature mais dont l’usage et surtout l’excès peut être mauvais. La liberté au sens négatif (notre pouvoir de faire le contraire du bien et du raisonnable) est ce qui donne sa valeur à la liberté au sens positif : faire le bien et le raisonnable … librement.

Renaissance (XIVe, XVe et XVIe siècles)

Avec la Renaissance, c'est un retour aux sources, à l'humanisme de l'Antiquité; Marsile Ficin (1433-1499) et Pic de la Mirandole (1463-1494) parlent de l'Homme, chose impensable au Moyen-Age où tout parlait de Dieu. On assiste dans tous les domaines à un épanouissement exceptionnel. La méthode empirique voit le jour : on construit son savoir-faire à partir de sa propre expérience et non à partir de vieux parchemins. La nature n'est plus quelque chose dont l'homme se contente de faire partie, elle devient quelque chose dont on peut avoir besoin et se servir. La conception du monde est également bouleversée au XVIe siècle avec Copernic, Kepler et Galilée. L'homme doit se faire à l'idée de vivre sur une planète perdue au sein d'un vaste univers. La relation de l'homme à l'Eglise comme organisation s'efface devant la relation personnelle de chacun à Dieu. On a appelé cette période la Réforme.


Libye, lac d'Um El Ma dans l'erg d'Ubari

Philosophie médiévale (Ve au XIIIe siècles)

La philosophie du Moyen Age, telle qu'elle fut enseignée dans les écoles ecclésiastiques et les universités d'Europe jusqu'au XVIIe siècle est dominée par la recherche de l'accommodation de la philosophie grecque avec la doctrine chrétienne. Héritière, pour l'essentiel, du christianisme, la pensée médiévale a ses racines dans une théologie qui se présente comme l'achèvement des doctrines de Platon, d'Aristote et des stoïciens. Le christianisme, s'appuyant sur la raison divine grâce à la Révélation, prétend conduire la philosophie à sa plénitude, la philosophie païenne, cherchant la vérité à l'aide des seules ressources de la raison humaine, étant considérée comme incapable d'accéder à la vérité.

La transition de l'Antiquité au Moyen-Age est résumée dans la vie de Saint-Augustin (354-430) : il fut un temps manichéen, une secte religieuse qui divisait le monde en deux : bien et mal, ombre et lumière, esprit et matière; il fut séduit un temps par les idées des stoïciens pour qui la frontière entre bien et mal n'existe pas avant d'être influencé par le néo-platonisme. Devenu évèque, il explique que ce n'est qu'en devenant chrétien qu'on peut, par la foi, accéder à une connaissance quasi surnaturelle de Dieu; selon lui, les "Idées" existaient dans les pensées de Dieu avant que celui-ci ne crée le monde; il sauve ainsi la théorie des idées éternelles de Platon.

Pour bien comprendre les bouleversements de cette époque, il faut savoir que Rome qui comptait un million d'habitants sous l'Antiquité voit sa population réduite à 40.000 habitants en l'an 600 (elle n'en comptera plus que 17.000 en 1417). C'est dans ce contexte que Rome devient le siège de la papauté. 529 est une année symbole de la mainmise de l'Eglise sur la philosophie grecque lorsqu'elle fait fermer les portes de l'Académie de Platon à Athènes.

Le néo-platonisme est transmis à la culture romaine-catholique, tandis que Platon et Aristote le sont à la culture arabe. A la fin du XIIe siècle, c'est grâce à l'influence des Arabes d'Espagne qu'on redécouvre la pensée aristotélicienne. Se repose alors la question du rapport entre la révélation chétienne et la philosophie grecque. Pendant le haut Moyen-Age, les grands philosophes / théologiens (difficile à l'époque de faire la différence) sont :

- Albert le Grand (1200-1280) a joué un rôle très important en introduisant dans les universités d’Europe les sciences grecques et arabes. Son originalité consiste en ce qu'il donna le premier une reproduction d'ensemble de la doctrine d'Aristote en s'inspirant des commentateurs arabes en même temps que des dogmes de l'Église. Sans rompre avec le platonisme et le néo-platonisme qui avaient dominé dans la première période de la scolastique, il fit passer au premier plan la philosophie d'Aristote, plus neuve et plus puissante, mais jusque-là proscrite par l'Église, en quoi il exerça sur le cours ultérieur des idées une action peut-être décisive.

- Thomas d'Aquin (1225-1274) "christianise" Aristote de la même façon que Saint-Augustin avait christianisé Platon. Selon lui, la philosophie étudie d'abord les êtres créés, pour s'élever ensuite à la connaissance de Dieu; la théologie, au contraire, commence par l'étude de Dieu. Philosophie et théologie diffèrent donc par l'objet premier de la connaissance humaine, et elles différeront aussi en conséquence par leur méthode. La thèse de Thomas d'Aquin est que foi et raison ne peuvent se contredire car elles émanent toutes deux de Dieu ; la théologie et la philosophie ne peuvent donc pas parvenir à des vérités divergentes.

Quelques années après Thomas d'Aquin, la grande culture chrétienne se lézarde; la philosophie et la science se détachent progressivement de la théologie de l'Eglise. On voit l'avènement d'une nouvelle méthode scientifique et d'une nouvelle conviction religieuse qui permirent les deux grand bouleversements des XIVe et XVe siècles : la Renaissance et la Réforme.

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L'hellénisme (-400 à +400)

Avec Alexandre, dont Aristote fut un temps le précepteur, puis avec les Romains, une nouvelle société voit le jour à l'échelle mondiale. Jusque là, les hommes étaient liés à leur propre peuple et à leur cité; avec l'abolition des frontières, beaucoup sont envahis par le doute et l'incertitude concernant leur conception de vie. Les nouvelles religions qui voient le jour pendant l'héllénisme ont toutes en commun un enseignement pour délivrer l'homme de la mort. Le philosophie s'oriente aussi vers le salut et une certaine sérénité de la vie. La pensée philosophique devait permettre à l'homme de se libérer de l'angoisse de la mort et du pessimisme. La frontière entre philosophie et religion devint alors bien tenue. L'éthique devint le projet philosophique le plus important; toute la question était de savoir en quoi consistait le vrai bonheur et comment l'atteindre.


Lybie, erg de Mourzouk

Les quatre principaux courants philosophiques de l'époque sont :

Le cynisme
Elève de Socrate, Antisthène jette les bases du cynisme en 400 av JC. Les cyniques mettent l'accent sur le fait que le vrai bonheur est de savoir se rendre indépendant des choses extérieures comme le luxe matériel, le pouvoir politique, la bonne santé, voire la souffrance et la mort. Le cynique le plus célèbre fut Diogène qui, dit-on, vivait dans un tonneau, ne possédait qu'un manteau, un bâton et un sac pour son pain; sa philosophie se traduit par des actes volontaires et provocateurs dont le but est de subvertir tout conformisme, tout modèle moral. De nos jours le mot "cynisme" s'emploie pour exprimer la manque de compassion envers autrui.

Le stoïcisme
Zénon fonde le stoïcisme à Athènes en 300 av JC. On peut résumer cette doctrine à l'idée qu'il faut vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur. Comme Héraclite, les stoïciens pensaient que tous les hommes faisaient partie intégrante de la raison universelle ou du "logos". Chaque individu est un monde en miniature, un "microcosme" qui est le reflet du "macrocosme". Ceci permettait d'établir un droit valable pour tous les hommes, le "droit naturel". Parce que le droit naturel est fondé sur la raison intemporelle de l'homme et de l'univers, il ne change pas en fonction du temps et du lieu. lls prirent ainsi le parti de Socrate contre les sophistes. De même qu'ils gommaient la différence entre l'individu et l'univers, ils rejetaient toute idée de contradiction entre l'esprit et la matière : cette conception s'appelle le monisme par opposition au dualisme de Platon, cad au caractère double de la réalité. Les plus connus d'entre eux furent l'orateur, philosophe et homme politique Cicéron (106-43 av JC), l'empereur romain Marc Aurèle (121-180 ap JC) et Sénèque (4 av-63 ap JC). Ils sont à l'origine de l'humanisme, ce mode vie qui place l'homme au centre. Selon eux, rien n'arrive par hasard, tout est le fruit de la nécessité. Nous parlons aujourd'hui de "calme stoïque" pour qualifier une personne qui ne se laisse pas emporter par ses sentiments.

L'épicurisme
Pour les stoïciens et les cyniques, l'homme doit se libérer de tout luxe matériel. Pour Aristippe, élève de Socrate, le but de la vie doit être d'atteindre la plus grande jouissance possible, le bien suprême étant le plaisir et le plus grand des maux la douleur. Vers 300 av JC, Epicure fonde une école philosophique qui développe cette morale de plaisir. A la différence des stoïciens, les épicuriens manifestaient peu d'intérêt pour la politique et la vie sociale : "Vivons cachés !" conseillait Epicure. L'épicurisme est une doctrine matérialiste et atomiste dont l'héritage a été revendiqué par le matérialisme moderne (Marx notamment).

Le néo-platonisme
Cette doctrine philosophique, élaborée par Plotin à Alexandrie au IIIe siècle ap JC, tentait de concilier la philosophie de Platon et des philolosophes antiques avec certaines doctrines religieuses orientales de l'Egypte et de L'Inde. Par cet éclectisme, elle voulait que Dieu fût à la fois l'idée dernière et simple qu'exigeait la dialectique, la source productrice des choses que décrivait le Timée, et le moteur immobile d'Aristote, qui, pour que sa perfection ne soit pas souillée par l'imperfection du monde, ne doit ni le créer ni le connaître. Dieu est un et triple à la fois :
  • il est avant tout l'Unité pure, l'Ineffable, supérieur à toute détermination, à toute pensée, supérieur même à l'essence,
  • il est aussi la pensée de la pensée, qui trouve en soi les idées platoniciennes, le modèle intelligible de l'univers,
  • il est enfin âme du monde, principe créateur et participe de ce fait à la multiplicité.
De ce point de vue, le néo-platonisme comporte une dimension mystique forte. Elle a influencé la philosophie et la science moderne, les grands systèmes de l'idéalisme allemand et même la pensée contemporaine.

Les classiques grecs (400-300 av JC) - Aristote

Aristote vint à l'académie de Platon lorsque ce dernier avait 60 ans. Il fut le dernier grand philosophe grec et le premier grand biologiste européen.


Lybie, erg Mourzouk

Aristote vs Platon
Platon s'était tellement concentré sur les formes éternelles (les idées) qu'il ne prêtait guère attention aux phénomènes naturels. Aristote au contraire, s'intéressait à la nature vivante, aux cycles de la vie. Aristote trouvait que Platon posait le problème à l'envers : l'idée n'existe pas en soi, c'est un concept créé par l'homme; d'après Aristote, l'idée de la poule ne peut précéder la poule,elle est présente dans chaque poule, indissociable comme l'est l'âme et le corps. Platon n'utilisait que sa raison, Aristote utilisait aussi ses sens. Platon pensait que tout ce que nous voyons autour de nous n'est que le reflet de quelque chose du monde des idées et par conséquent de l'âme humaine. Aristote pensait au contraire que ce qui est dans l'âme humaine n'est qu'un reflet des objets de la nature. La raison est selon Aristote le signe distinctif de l'homme, mais elle est vide avant que nos sens ne perçoivent quelque chose. L'être humain n'a donc pas selon lui d'idées innées. En prenant ainsi le contre-pied de l'idéalisme de Platon, il fonde le réalisme.

Aristote est en perpétuelle recherche des principes qui fondent les théories. Pour lui, il n'y a de connaissance que de l'universel (l'eau gèle par grand froid, les chiens aboient), mais il n'y a d'existence que du particulier (cette flaque d'eau, le chien de mes voisins). Partant de la sensation, du particulier, il procède par une généralisation pour parvenir à la connaissance de l'universel; c'est la méthode empiriste, qui est valable, selon lui, autant pour les phénomènes naturels que pour la morale ou la politique : toujours et partout, c'est par une exploration méthodique de la réalité que nous pouvons remonter à des principes. Mais il ne faut pas confondre chez Aristote cette méthode, qui part du bas et essaie de dégager des principes, avec sa théorie de la théorie parfaite, qui part du haut et expose un système en le déduisant de principes ou de définitions comme en mathématiques.

Logique
Déduire le vrai
Aristote invente la logique qui étudie la manière dont à partir d'énoncés vrais on peut déduire d'autres énoncés vrais pour construire étape par étape une théorie; il appelle ces énoncés vrais des syllogismes : "Si x est y et que z est x, alors z est y" = "Si tout homme est mortel (l'universel) et que Socrate est un homme alors Socrate est mortel (le particulier)".

Métaphysique
Tout a une cause, tout a une fin
Aristote invente la métaphysique qui recherche les principes premiers, ceux qui ne sont déduits de rien et à partir desquels on en déduit tout le reste (les principes) et ce qui produit le reste (les causes). Exemples de principes premiers : le principe de contradiction (on ne peut pas affirmer une chose et son contraire), le principe du tiers exclu (un énoncé élémentaire est vrai ou faux). Concernant les causes, Aristote en distingue quatre sortes dans la nature qui rendent compte de l'être tout entier de l'objet depuis sa matière jusqu'à sa fontion; ainsi les quatre causes de la pluie sont : - cause matérielle : les nuages se trouvaient là précisément quand l'air s'est refroidit, - cause efficiente : la vapeur d'eau contenue dans les nuages se refroidit, - cause formelle : la forme ou la nature de l'eau est de tomber sur terre en gouttes d'eau, - cause finale : il pleut parce que les animaux et les plantes ont besoin d'eau.
Dans une statue, la cause matérielle est le matériau, la cause efficiente est la ciseau du sculpteur, la cause formelle est sa forme et la cause finale est sa destination (orner, par exemple). Aristote vise ainsi une compréhension totale de l'objet et pas uniquement sa modélisation mathématique.

Théorie du changement
Matière et forme, acte et puissance
Pour prendre en compte le changement des propriétés d'un objet, Aristote distingue la matière (ce dont la chose est faite) et la forme (le réceptacle des propriétés de l'objet). Prenons un ignorant et instruisons-le : la même substance demeure ou la même matière, mais sa propriété, sa forme a changé; il est passé de non-instruit à instruit. Il distingue également acte (les propriétés que possèdent effectivement un objet) et puissance (les propriétés que possèdent un objet en puissance) : d'instruit en puissance, notre ignorant devient instruit en acte.

Biologie
Classer pour comprendre, comprendre le pourquoi
Aristote invente le principe de classification naturelle des êtres vivants en genres et espèces, avec des propriétés communes à chaque niveau et en retenant comme critère différenciateur le mode de reproduction. En reconnaissant dans cette classification l'importance de la fonction - qui permet une analogie entre la patte et la nageoire, entre les plumes et les écailles, ... - il invente le principe d'une analyse fonctionnelle des organismes vivants. Sa biologie est essentiellement finaliste (par opposition à mécaniste) : il faut se demander quelle est la fonction d'un être avant de chercher comment il est fabriqué: c'est parce qu'un plante est destinées à pousser sur les rochers qu'elle est ainsi composée de matière organisée et pas l'inverse.

Ethique
Le sens du juste milieu
Dans le domaine de l’action, Aristote distingue la praxis, action immanente qui a sa fin en elle-même, et la poïesis, action qui produit quelque chose. Le philosophe analyse la praxis dans une théorie qui concerne le comportement individuel (l'éthique) et dans une théorie qui concerne le collectif (la politique).
L'éthique d'Aristote rappelle celle de la médecine grecque : vivre dans l'équilibre et la modération est l'unique moyen de connaître le bonheur : être courageux mais pas lâche (pas courageux) ni casse-cou (trop courageux), être généreux mais pas avare (pas généreux) ni dépensier (trop généreux). L'action vertueuse est l'action médiane entre deux vices opposés mais ce n'est pas le centre mou des passions, c'est l'optimisation des énergies, le règlage le plus fin des désirs et volontés. Les plus hautes formes d'éthique sont pour Aristote la sagesse (vertu spéculative concernant la connaissance) et la prudence (vertu exécutive concernant l'action).
Aristote est le premier philosophe de l’Antiquité à avoir analysé les conditions de la détermination volontaire : certaines de nos actions, que nous faisons par violence ou par ignorance, ne peuvent être rapportées à notre volonté et on ne peut par conséquent nous en rendre responsables. Néanmoins, l’ignorance ne fait pas tout pardonner : il y a des cas où l’on punit l’ignorance, parce qu’il est des choses qu’il dépendait de l’homme de savoir et qu’il aurait dû savoir.
Aristote distinguait trois formes de bonheur : vivre dans le plaisir et les divertissements, vivre en citoyen libre et responsable, vivre en savant et philosophe. D'après lui, ces trois conditions doivent être réunies pour mener une vie heureuse.

Politique
Aristote ne cherche pas la théorie de l'Etat idéal, il cherche à comprendre et à améliorer les régimes politiques de son époque et pour celà il recueille 158 constitutions de Cités ou d'Etats. Il cite trois formes réussies d'Etats :
- la monarchie (un seul chef d'état), risque : la tyrannie,
- l'aristocratie (plusieurs dirigeants), risque : la junte,
- la démocratie, risque : état totalitaire.
Pour Aristote, l'homme est par nature un être politique, c'est à dire destiné à construire son bonheur dans une société, une Cité (Polis, en grec) et son bonheur est la fin (le but) de la Cité. Aristote fournit une idée de base de la démocratie : la mutitude des citoyens dont chacun n'a aucune qualité particulière est plus sage en politique qu'un individu d'élite décidant seul ou à plusieurs.
En matière d'économie, Aristote est un fondateur de la pensée médiévale et on trouve dans ses ouvrages des concepts précurseurs de la pensée économique moderne : écologie et capitalisme.

L'âme humaine
Aristote refuse que l'âme soit une entité séparée du corps et provisoirement enfermée en lui. Pour lui, les deux constituent une seule substance, comme forme et matière. La "forme" de l'homme est, selon Aristote, qu'il a à la fois une "âme de plante" (âme végétative), une "âme d'animal" (âme sensitive) et une "âme de raison" (âme intellective) : l'homme ne sera heureux que s'il développe toutes les facultés qu'il possède en puissance. Philosophiquement, la forme d'une substance est son essence, ce qui fait d'elle ce qu'elle est : l'âme est l'essence de l'homme; elle remplit plusieurs fonctions correspondant à plusieurs de degrés de l'âme : sensation (âme animale), réflexion/mémoire (psyché) et enfin intuition directe des intelligibles (nous). Si une partie de l'âme doit survivre après la mort, dit Aristote avec prudence, c'est celle-là, parce qu'elle n'est pas liée nécessairment à un corps

Le monde aristotélicien
Pour Aristote, la Terre est ronde placée au centre de l'Univers et les autres parties de l'univers sont des sphères de plus en plus éloignées de ce centre. Prochain progrès : Copernic, deux mille ans plus tard ! Il pensait que les mouvements des étoiles et des planètes gouvernaient les mouvements sur la Terre, mais qu'il existe quelque chose qui les met en mouvement; il appelle ce qqc le "premier moteur" ou "Dieu"; le "premier moteur" lui-même ne bouge pas, mais c'est lui qui est la "première cause" de tous les mouvements dans la nature.

La femme selon Aristote
Aristote n'était pas loin de dire qu'il manquait quelque chose à la femme : elle est comme la terre qui se contente d'accueillir et de faire posser la semense alors que l'homme est le "semeur". Pour reprendre ses propos, l'homme donne la "forme" et la femme la "matière". Cette erreur de jugement fut particulièrement désastreuse car c'est la conception d'Aristote, et non celle de Platon, qui prévalut jusqu'au Moyen-Age et dont l'Eglise hérita.

Les classiques grecs (400-300 av JC) - Platon

Platon enseignait la philosophie dans sa propre école près d'Athènes dans des jardins qui portaient le nom du héros grec Academos, d'où le nom d'Académie.


Lybie, erg de Mourzouk

Monde des sens et monde des idées
"Nous sommes comme des hommes enchainés au fond d'une caverne; nous regardons des ombres projetées sur un mur par des marionnettes derrière nous, que nous ne voyons pas; nous prenons ces ombres pour la réalité. Un jour, un homme sort de la caverne, voit les choses en vrai, comprend tout et décide de revenir instruire ceux qui sont dans la caverne. Qui ne le croient pas !"

Platon soutenait qu'il existait une autre réalité derrière le monde des sens. Selon lui, tout ce qui est tangible dans la nature est susceptible de se transformer dans le temps, avant de se dégrader et de disparaitre; mais tout est fait d'après un moule intemporel qui lui est éternel et immuable. Alors qu'Empédocle et Démocrite voyaient dans la matière élémentaire physique ce quelque chose d'immuable, Platon le voyait dans des principes spirituels et donc abstraits qu'il appela des idées; ie derrière les fleurs, les animaux et les hommes se trouvent l'idée de la fleur, l'idée de l'homme et l'idée de l'animal (en grec, eidos ou idea veut dire à la fois "essence" et "forme" des choses). Platon pensait que tous les phénomènes naturels ne sont que les ombres de formes ou d'idées éternelles; les perceptions que nous pouvons avoir avec nos cinq sens ne nous permettent d'avoir que de vagues interprétations mais ce que nous voyons de l'intérieur grâce à la raison nous conduit à la vraie connaissance; ie "l'idée de l'homme" se tiendra éternellement sur deux jambes même si tous les hommes appartenant au monde des sens devaient être boiteux. Le hic : doit-on admettre l'idée de la crasse, de la boue, de la rouille, ... ?

L'homme : un corps et une âme
"Le corps est la prison de l'âme"

D'après Platon, l'homme est également composé de deux parties :
- un corps lié au monde des sens et donc qui est soumis au changement,
- une âme immortelle qui est le siège de la raison.
Platon pense que toute âme existe dans le monde des idées mais que lorsqu'elle vient habiter un corps, elle oublie les idées parfaites qui resurgissent au fur et à mesure que l'homme appréhende les choses qui l'entourent. L'âme, qui a le désir (eros, qui signifie amour) de rejoindre le monde des idées, se libère de la "prison du corps" quand l'homme meurt. Platon soutient l'idée d'un cycle de réincarnation des âmes qui sont en nombre fini.

La Cité idéale de Platon
"Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien,
le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."


Platon prône une république gouvernée par des philosophes et pour argumenter il se réfère au corps humain :

Corps Ame Vertu Cité
La tête siège de la raison (fonction rationnelle) capable de connaître la justice et la vérité, doit se donner pour but la sagesse Philosophes
Le coeur siège de la volonté (énergie passionelle) capable du pire comme du meilleur, doit se soumettre à la raison et faire preuve de courage Guerriers
Le ventre siège des désirs, pluriels et aveugles, doit être bridé pour que l'homme fasse preuve de modération Travailleurs


La vertu platonicienne centrale est la tempérance : gestion des sens par la raison. La philosophie de l'Etat de Platon est également basée sous le signe du rationalisme. L'essentiel pour une bonne cité est d'être gouvernée par la raison et donc par les philosophes qui sont les seuls à avoir accès à l'intelligible : le savoir absolu autorise le pouvoir absolu. Platon insiste sur les critères de séparation des classes, qui sont de véritables races de nature différente, devant préserver et améliorer leurs qualités propres. Aujourd'hui, nous aurions tendance à qualifier la Cité rêvée par Platon d'état totalitaire.

Dialectique philosophique
"Si l'on interroge bien les hommes, en posant bien les questions,
ils découvrent d'eux-mêmes la vérité sur chaque chose."


Platon privilégie la connaissance intuitive (qui est une vision intérieure) à la connaissance discursive (qui s'appuie sur des raisonnements), ... l'expérience spirituelle à la doctrine fixée en thèses. Il se méfie du langage (convention arbitraire qui ne permet d'établir que des vérités de convention) et de l'écriture (reflet inerte, mort d'une pensée vivante). Il contourne la problème en écrivant des dialogues à plusieurs : il suggère mais ne dit pas, il s'exprime par des mythes qui sont une forme de connaissance intuitive. Le dialogue devient un instrument d'enseignement philosophique : la remise en question par le dialogue conduit l'âme à un dialogue intérieur avec elle même; elle se pose des questions et recherche des réponses; au terme du dialogue, la vérité ne peut être découverte que par soi-même, au-delà de toute parole.

Pour Platon, la poésie est une voie divine dans le monde humain; le poète est possédé par un dieu à l'image des oracles.

Les classiques grecs (400-300 av JC) - Socrate

Socrate est le personnage le plus énigmatique de tout l'histoire de la philosophie : il n'écrivit pas une seule ligne et il est un de ceux qui ont le plus influencé la pensée européenne. Athènes le condamne à mort en 399 av PC à l'âge de 70 ans pour son impiété (il ne croit pas aux Dieux de la Cité), mais surtout parce qu'il pose des questions sur tout, remet tout en question, renverse les valeurs et enseigne à le faire.

Son secret réside en ce qu'il ne cherchait pas à enseigner aux autres gens : il discutait, posait beaucoup de questions, faisait semblant de ne pas savoir puis, au cours de la conversation, s'arrangeait pour que l'autre découvre petit à petit les faiblesses de son raisonnement. En obligeant ainsi les gens à réfléchir, il les poussait à accéder à une conscience et une autonomie personnelles et, au-delà, à la connaissance de ce qu'il y a d'essentiellement vrai dans l'homme. Cet art de faire venir à la lumière la vérité, Socrate l'appelle la maïeutique, c'est-à-dire l'art d'accoucher les esprits de ce qu'ils portent. N'acceptant aucun compromis ni aucune compromission, son "ironie" finit par irriter ses contemporains qui le condamnèrent.


Lybie, Erg Mourzouk

Philosophe contre sophiste
Athènes attachait une grande importance à l'éducation; parmi les nombreux pédagogues, les sophistes (de sophia, sagesse) étaient payés à prix d'or pour enseigner la rhétorique, technique de parole destinée à convaincre pour emporter la décision dans les assemblées politiques. Socrate rejette la rhétorique, considérant qu'elle agit par séduction et non par raison; elle n'est qu'une technique de propagande et ne vise pas à cet être objectif qu'est la vérité.

Les sophistes prônent que le pouvoir est affaire de force et le bonheur affaire de plaisir, que la loi pervertit les vraies valeurs de la nature en permettant aux faibles qui sont plus nombreux d'imposer les valeurs qui les arrangent.
La mort de Socrate confirme que le philosophe a toutes les chances de perdre contre le sophiste (ie devant une assemblée d'enfants, le cuisinier qui flatte leur gourmandise l'emportera toujours sur le médecin qui fait appel à leur raison).
Le combat philosophique a en lui quelque chose de tragique lorsqu'il essaie d'imposer l'invraisemblable vérité contre des affirmations dogmatiques; en particulier lorsque celles-ci servent les intérêts en place.

Protagoras et les sophistes considèrent que la vérité est relative à une personne donnée, à un instant donné. A l'inverse, le philosophe affirme que le monde, le cosmos est un être vivant, animé par un foyer de vérité éternelle auxquels les humains sont liés et doivent essayer de rester fidèles. Platon et Socrate veulent mettre fin au règne de l'opinion. La recherche de la sagesse et de l'excellence humaine impose une recherche de la nature absolue du Juste, du Bon et du Vrai qui sont indissociables.

Philosophes de la nature (600-400 av JC)

On appelle les premiers philosophes grecs, philosophes de la nature parce qu’ils s’intéressaient au monde et aux phénomènes naturels. En observant la nature, ils voyaient bien qu’elle se transformait continuellement, ils ont conclu à l’existence d’une substance élémentaire à la base de tous les changements. Ils voulaient comprendre le monde qui les entourait sans avoir recours aux anciens mythes et comprendre les phénomènes réels en étudiant la nature elle-même.


Algérie, Tassili N'Ajjer


THALES de Milet est tenu pour le premier philosophe, scientifique et mathématicien grec. Sa philosophie de la nature fait de l'eau le principe explicatif de l'univers, d'où procèdent les autres éléments, air, feu et terre. Peut-être voulait-il dire que toute vie naît dans l'eau et que tout retourne à l'eau en se désagrégeant; il est difficile de préciser ses idées car nous n'avons aucun écrit de lui.

ANAXIMANDRE de Milet plaçait l'infini ou illimité comme principe premier, substance originelle renfermant des éléments de nature diverse (air, terre, eau, feu) qui se seraient juxtaposés et combinés pour former l'univers tel que nous le connaissons. Il voulait sans doute exprimer l'idée que ce qui est à l'origine de tout est différent de ce qui se crée. Il soutenait également que toute chose qui meurt retourne à l’élément dont elle est issue. S’inspirant de l’existence des fossiles, il prétendait que dans un lointain passé, les animaux naquirent de la mer et par l’action du Soleil sur l’humidité, des terres sont apparues et l’homme dut avec le temps s’y adapter. Anaximandre admettait une infinité de mondes, qui naissent et disparaissent dans l'infini du temps et de l'espace.

ANAXIMEDE de Milet affirmait que l’air est à l’origine de toute chose : dilaté à l'extrême, cet air devient feu; comprimé, il se transforme en vent; il produit des nuages, qui donnent de l'eau lorsqu'ils sont comprimés - une compression plus forte de l'eau transforme celle-ci en terre, dont la forme la plus condensée est la pierre.

HERACLITE d'Ephèse soutient une thèse à l'opposé de Parménide : la raison de Parménide expliquait que rien ne pouvait changer et que nos sens étaient par conséquent trompeurs; Héraclite, en revanche, affirme que la nature et l'être sont en perpétuelle mutation, que rien n'est éternel et que nos sens sont fiables. Selon Héraclite, le bien et le mal ont leur place nécessaire dans l'ordre des choses (comment apprécier la santé quand on est jamais malade ?), une sorte de "raison ou de loi universelle" englobe le monde entier et se manifeste dans les transformations de la nature. Ce "quelque chose" à l'origine de tout et auquel chacun doit se référer, il l'appelait "Dieu" ou "logos". Là où Thalès voyait l'eau et Anaximède l'air comme principe de toutes choses, Héraclite voyait plutôt le feu. Héraclite met l'accent sur la lutte et la tension entre des forces opposées de la nature qui ne cessent de se combattre. Il répète volontiers que tout s'écoule et que vous ne vous baignez jamais dans le même fleuve parce que l'eau n'en finit pas de couler et de se renouveler. Pour lui, la seule chose qui persiste à travers le changement, c'est le changement lui-même. C'est un génie, il a compris que, sous le soleil au moins, il n'y a rien d'éternel. Il est le philosophe du multiple, du devenir, du combat, de l'écroulement et du changement.

PARMENIDE d'Elée oppose la logique à l'expérience : la raison est selon lui le critère de la vérité; supérieure aux sens, elle est source de toute connaissance. Cette foi dans la raison de l'homme s'appelle le rationalisme. D'après Parménide, tout ce qui existe a toujours existé et rien ne vient de rien ni ne peut devenir quelque chose qu’il n’est pas; ainsi, l'être est intelligible, non-créé et intemporel, il ne contient aucune altérité et est parfaitement continu. Si cette conception de l'être est de l'ordre de la pensée. Si l'être est, il est impossible que le non-être soit; le non-être ne peut pas être pensé; il ne faut même pas en parler. Nous sommes très loin du combat des contraires d'Héraclite. Unique, incréé, immuable, absolument calme, l'être est parfait à la façon d'un cercle ou d'une sphère. Parménide aussi est un génie; il a découvert qu'il n'y avait un monde que parce qu'il y avait de l'être. Et la seule chose qu'il soit permis de dire de l'être, c'est qu'il est. En face d'Héraclite qui, par son jeu de l'écoulement et des contraires, est le père de la dialectique, Parménide est le fondateur de l’ontologie, c'est à dire de la connaissance, non des choses, des étoiles, des minéraux, des plantes, des animaux, de l'homme, de la vie, de tout ce qui change, mais de l'être en tant qu'être. Pour Héraclite, tout bouge, tout change, tout s'écroule. Pour Parménide l'être est et c'est assez. Tout au long de l'histoire de la philosophie, Héraclitte et Parménide sont restés comme deux symboles, comme deux pôles opposés. Autour d cette interrogation originelle : "Qu'est ce qui dure derrière ce qui passe ?" et de leurs réponses contradictoires, ils ouvrent le chemin à tous ceux qui leur succéderont. Platon,Aristote, Spinoza sont des disciples de Parménide, des "éléates". Hegel, Karl Marx, Engels appartiennent avec éclat à l'école ionienne d'Héraclite.

AMPEDOCLE d'Agrigente donne raison à Parménide lorsqu'il affirme que rien ne peut se transformer (i.e. l'eau ne peut pas devenir un poisson) et à Héraclite lorsqu'il affirme qu'il faut faire confiance à nos sens (i.e. nous devons croire ce que nous voyons et nous voyons justement une nature en perpétuelle mutation). Empédocle affirmait que la nature disposait de quatre substances élémentaires (la terre, l'air, l'eau et le feu) et que tout ce qui se meut dans la nature est dû au mélange et à la séparation de ces quatre éléments qui eux restent indemnes de toutes métamorphoses. Il affirme que deux forces sont à l'oeuvre dans la nature : l’amour qui unit les choses et la haine qui les désunit.

ANAXAGORE de Clazomènes est le premier philosophe qui s'installe à Athènes. Il n'admettait pas l'idée que la terre, l'air, l'eau et le feu puissent devenir du sang et des os. Selon lui, la nature est formée de minuscules morceaux invisibles à l'oeil nu qu'il appelle des "graines"; ces graines sont assemblées et structurées par une force ordonnatrice de la nature : "l’intellect". Il soutenait que les astres sont constitués de la même substance que la terre, que des hommes vivent sur d'autres planètes, que la Lune recevait sa lumière de la Terre et que le soleil est un corps de la taille du Péloponnèse chauffé à blanc.

DEMOCRITE d'Abdère affirme que la nature est composée de deux principes : les atomes (ce qui est plein, l'être) et le vide (ou néant, le non-être). Les atomes sont de minuscules éléments de construction; ils sont éternels, immuables et indivisibles; il en existe une infinité de sortes dans la nature qui s’assemblent grâce à des "crochets" pour former un corps animal, végétal, ... lorsque le corps meurt et se décompose, les atomes se dispersent et peuvent se regrouper pour former de nouveaux corps. Il ne faisait appel à aucune "force" pour expliquer les phénomènes naturels; la seule chose à l'oeuvre étant les atomes et le vide qui s'assemblent et se dispersent de façon mécanique. D'après Démocrite, l’âme est constituée de quelques atomes spécialement ronds et lisses qui se dispersent de tous côtés à la mort d'une personne et peuvent se rassembler pour former une nouvelle âme, i.e. l'homme n'a pas une âme immortelle. Démocrite distingue deux formes de connaissance : la connaissance par les sens, qu'il appelle bâtarde et obscure, et la connaissance par l'intellect, qu'il appelle légitime et véritable; c'est la raison qui est le critère de la connaissance légitime. Toutes nos sensations sont des conventions, i.e. des choses déterminées par nos opinions et nos affections. Sont donc vrais et intelligibles les seuls éléments dont est composée toute la nature, les atomes et le vide, i.e. quelque chose qui n'est pas sensible. La position, la forme et l'ordre des choses ne sont alors que des accidents.

Questions philosophiques

Un vieux philosophe grec qui vivait il y a plus de deux mille ans pensait que la philosophie était née grâce à l'étonnement des hommes. Au-delà des nécessités premières, les hommes de tout temps et de toute culture se sont posé la question de savoir qui nous sommes, d'où vient le monde, s'il y a une volonté ou un sens derrière ce qui arrive, ... Aujourd'hui encore, chacun d'entre nous cherche ses réponses à ces questions ! Lire ce que d'autres ont pensé peut nous aider à former notre propre jugement. Alors allons y, notre plongée dans la philosophie va commencer en Grèce un demi-millénaire avant JC avec les philosophes de la nature et nous cheminerons ensemble jusqu'à l'époque contemporaine à raison d'un billet par mois ...


Algérie, Tassili N'Ajjer



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