On appelle les premiers philosophes grecs, philosophes de la nature parce qu’ils s’intéressaient au monde et aux phénomènes naturels. En observant la nature, ils voyaient bien qu’elle se transformait continuellement, ils ont conclu à l’existence d’une substance élémentaire à la base de tous les changements. Ils voulaient comprendre le monde qui les entourait sans avoir recours aux anciens mythes et comprendre les phénomènes réels en étudiant la nature elle-même.


Algérie, Tassili N'Ajjer


THALES de Milet est tenu pour le premier philosophe, scientifique et mathématicien grec. Sa philosophie de la nature fait de l'eau le principe explicatif de l'univers, d'où procèdent les autres éléments, air, feu et terre. Peut-être voulait-il dire que toute vie naît dans l'eau et que tout retourne à l'eau en se désagrégeant; il est difficile de préciser ses idées car nous n'avons aucun écrit de lui.

ANAXIMANDRE de Milet plaçait l'infini ou illimité comme principe premier, substance originelle renfermant des éléments de nature diverse (air, terre, eau, feu) qui se seraient juxtaposés et combinés pour former l'univers tel que nous le connaissons. Il voulait sans doute exprimer l'idée que ce qui est à l'origine de tout est différent de ce qui se crée. Il soutenait également que toute chose qui meurt retourne à l’élément dont elle est issue. S’inspirant de l’existence des fossiles, il prétendait que dans un lointain passé, les animaux naquirent de la mer et par l’action du Soleil sur l’humidité, des terres sont apparues et l’homme dut avec le temps s’y adapter. Anaximandre admettait une infinité de mondes, qui naissent et disparaissent dans l'infini du temps et de l'espace.

ANAXIMEDE de Milet affirmait que l’air est à l’origine de toute chose : dilaté à l'extrême, cet air devient feu; comprimé, il se transforme en vent; il produit des nuages, qui donnent de l'eau lorsqu'ils sont comprimés - une compression plus forte de l'eau transforme celle-ci en terre, dont la forme la plus condensée est la pierre.

HERACLITE d'Ephèse soutient une thèse à l'opposé de Parménide : la raison de Parménide expliquait que rien ne pouvait changer et que nos sens étaient par conséquent trompeurs; Héraclite, en revanche, affirme que la nature et l'être sont en perpétuelle mutation, que rien n'est éternel et que nos sens sont fiables. Selon Héraclite, le bien et le mal ont leur place nécessaire dans l'ordre des choses (comment apprécier la santé quand on est jamais malade ?), une sorte de "raison ou de loi universelle" englobe le monde entier et se manifeste dans les transformations de la nature. Ce "quelque chose" à l'origine de tout et auquel chacun doit se référer, il l'appelait "Dieu" ou "logos". Là où Thalès voyait l'eau et Anaximède l'air comme principe de toutes choses, Héraclite voyait plutôt le feu. Héraclite met l'accent sur la lutte et la tension entre des forces opposées de la nature qui ne cessent de se combattre. Il répète volontiers que tout s'écoule et que vous ne vous baignez jamais dans le même fleuve parce que l'eau n'en finit pas de couler et de se renouveler. Pour lui, la seule chose qui persiste à travers le changement, c'est le changement lui-même. C'est un génie, il a compris que, sous le soleil au moins, il n'y a rien d'éternel. Il est le philosophe du multiple, du devenir, du combat, de l'écroulement et du changement.

PARMENIDE d'Elée oppose la logique à l'expérience : la raison est selon lui le critère de la vérité; supérieure aux sens, elle est source de toute connaissance. Cette foi dans la raison de l'homme s'appelle le rationalisme. D'après Parménide, tout ce qui existe a toujours existé et rien ne vient de rien ni ne peut devenir quelque chose qu’il n’est pas; ainsi, l'être est intelligible, non-créé et intemporel, il ne contient aucune altérité et est parfaitement continu. Si cette conception de l'être est de l'ordre de la pensée. Si l'être est, il est impossible que le non-être soit; le non-être ne peut pas être pensé; il ne faut même pas en parler. Nous sommes très loin du combat des contraires d'Héraclite. Unique, incréé, immuable, absolument calme, l'être est parfait à la façon d'un cercle ou d'une sphère. Parménide aussi est un génie; il a découvert qu'il n'y avait un monde que parce qu'il y avait de l'être. Et la seule chose qu'il soit permis de dire de l'être, c'est qu'il est. En face d'Héraclite qui, par son jeu de l'écoulement et des contraires, est le père de la dialectique, Parménide est le fondateur de l’ontologie, c'est à dire de la connaissance, non des choses, des étoiles, des minéraux, des plantes, des animaux, de l'homme, de la vie, de tout ce qui change, mais de l'être en tant qu'être. Pour Héraclite, tout bouge, tout change, tout s'écroule. Pour Parménide l'être est et c'est assez. Tout au long de l'histoire de la philosophie, Héraclitte et Parménide sont restés comme deux symboles, comme deux pôles opposés. Autour d cette interrogation originelle : "Qu'est ce qui dure derrière ce qui passe ?" et de leurs réponses contradictoires, ils ouvrent le chemin à tous ceux qui leur succéderont. Platon,Aristote, Spinoza sont des disciples de Parménide, des "éléates". Hegel, Karl Marx, Engels appartiennent avec éclat à l'école ionienne d'Héraclite.

AMPEDOCLE d'Agrigente donne raison à Parménide lorsqu'il affirme que rien ne peut se transformer (i.e. l'eau ne peut pas devenir un poisson) et à Héraclite lorsqu'il affirme qu'il faut faire confiance à nos sens (i.e. nous devons croire ce que nous voyons et nous voyons justement une nature en perpétuelle mutation). Empédocle affirmait que la nature disposait de quatre substances élémentaires (la terre, l'air, l'eau et le feu) et que tout ce qui se meut dans la nature est dû au mélange et à la séparation de ces quatre éléments qui eux restent indemnes de toutes métamorphoses. Il affirme que deux forces sont à l'oeuvre dans la nature : l’amour qui unit les choses et la haine qui les désunit.

ANAXAGORE de Clazomènes est le premier philosophe qui s'installe à Athènes. Il n'admettait pas l'idée que la terre, l'air, l'eau et le feu puissent devenir du sang et des os. Selon lui, la nature est formée de minuscules morceaux invisibles à l'oeil nu qu'il appelle des "graines"; ces graines sont assemblées et structurées par une force ordonnatrice de la nature : "l’intellect". Il soutenait que les astres sont constitués de la même substance que la terre, que des hommes vivent sur d'autres planètes, que la Lune recevait sa lumière de la Terre et que le soleil est un corps de la taille du Péloponnèse chauffé à blanc.

DEMOCRITE d'Abdère affirme que la nature est composée de deux principes : les atomes (ce qui est plein, l'être) et le vide (ou néant, le non-être). Les atomes sont de minuscules éléments de construction; ils sont éternels, immuables et indivisibles; il en existe une infinité de sortes dans la nature qui s’assemblent grâce à des "crochets" pour former un corps animal, végétal, ... lorsque le corps meurt et se décompose, les atomes se dispersent et peuvent se regrouper pour former de nouveaux corps. Il ne faisait appel à aucune "force" pour expliquer les phénomènes naturels; la seule chose à l'oeuvre étant les atomes et le vide qui s'assemblent et se dispersent de façon mécanique. D'après Démocrite, l’âme est constituée de quelques atomes spécialement ronds et lisses qui se dispersent de tous côtés à la mort d'une personne et peuvent se rassembler pour former une nouvelle âme, i.e. l'homme n'a pas une âme immortelle. Démocrite distingue deux formes de connaissance : la connaissance par les sens, qu'il appelle bâtarde et obscure, et la connaissance par l'intellect, qu'il appelle légitime et véritable; c'est la raison qui est le critère de la connaissance légitime. Toutes nos sensations sont des conventions, i.e. des choses déterminées par nos opinions et nos affections. Sont donc vrais et intelligibles les seuls éléments dont est composée toute la nature, les atomes et le vide, i.e. quelque chose qui n'est pas sensible. La position, la forme et l'ordre des choses ne sont alors que des accidents.