Socrate est le personnage le plus énigmatique de tout l'histoire de la philosophie : il n'écrivit pas une seule ligne et il est un de ceux qui ont le plus influencé la pensée européenne. Athènes le condamne à mort en 399 av PC à l'âge de 70 ans pour son impiété (il ne croit pas aux Dieux de la Cité), mais surtout parce qu'il pose des questions sur tout, remet tout en question, renverse les valeurs et enseigne à le faire.

Son secret réside en ce qu'il ne cherchait pas à enseigner aux autres gens : il discutait, posait beaucoup de questions, faisait semblant de ne pas savoir puis, au cours de la conversation, s'arrangeait pour que l'autre découvre petit à petit les faiblesses de son raisonnement. En obligeant ainsi les gens à réfléchir, il les poussait à accéder à une conscience et une autonomie personnelles et, au-delà, à la connaissance de ce qu'il y a d'essentiellement vrai dans l'homme. Cet art de faire venir à la lumière la vérité, Socrate l'appelle la maïeutique, c'est-à-dire l'art d'accoucher les esprits de ce qu'ils portent. N'acceptant aucun compromis ni aucune compromission, son "ironie" finit par irriter ses contemporains qui le condamnèrent.


Lybie, Erg Mourzouk

Philosophe contre sophiste
Athènes attachait une grande importance à l'éducation; parmi les nombreux pédagogues, les sophistes (de sophia, sagesse) étaient payés à prix d'or pour enseigner la rhétorique, technique de parole destinée à convaincre pour emporter la décision dans les assemblées politiques. Socrate rejette la rhétorique, considérant qu'elle agit par séduction et non par raison; elle n'est qu'une technique de propagande et ne vise pas à cet être objectif qu'est la vérité.

Les sophistes prônent que le pouvoir est affaire de force et le bonheur affaire de plaisir, que la loi pervertit les vraies valeurs de la nature en permettant aux faibles qui sont plus nombreux d'imposer les valeurs qui les arrangent.
La mort de Socrate confirme que le philosophe a toutes les chances de perdre contre le sophiste (ie devant une assemblée d'enfants, le cuisinier qui flatte leur gourmandise l'emportera toujours sur le médecin qui fait appel à leur raison).
Le combat philosophique a en lui quelque chose de tragique lorsqu'il essaie d'imposer l'invraisemblable vérité contre des affirmations dogmatiques; en particulier lorsque celles-ci servent les intérêts en place.

Protagoras et les sophistes considèrent que la vérité est relative à une personne donnée, à un instant donné. A l'inverse, le philosophe affirme que le monde, le cosmos est un être vivant, animé par un foyer de vérité éternelle auxquels les humains sont liés et doivent essayer de rester fidèles. Platon et Socrate veulent mettre fin au règne de l'opinion. La recherche de la sagesse et de l'excellence humaine impose une recherche de la nature absolue du Juste, du Bon et du Vrai qui sont indissociables.