Platon enseignait la philosophie dans sa propre école près d'Athènes dans des jardins qui portaient le nom du héros grec Academos, d'où le nom d'Académie.


Lybie, erg de Mourzouk

Monde des sens et monde des idées
"Nous sommes comme des hommes enchainés au fond d'une caverne; nous regardons des ombres projetées sur un mur par des marionnettes derrière nous, que nous ne voyons pas; nous prenons ces ombres pour la réalité. Un jour, un homme sort de la caverne, voit les choses en vrai, comprend tout et décide de revenir instruire ceux qui sont dans la caverne. Qui ne le croient pas !"

Platon soutenait qu'il existait une autre réalité derrière le monde des sens. Selon lui, tout ce qui est tangible dans la nature est susceptible de se transformer dans le temps, avant de se dégrader et de disparaitre; mais tout est fait d'après un moule intemporel qui lui est éternel et immuable. Alors qu'Empédocle et Démocrite voyaient dans la matière élémentaire physique ce quelque chose d'immuable, Platon le voyait dans des principes spirituels et donc abstraits qu'il appela des idées; ie derrière les fleurs, les animaux et les hommes se trouvent l'idée de la fleur, l'idée de l'homme et l'idée de l'animal (en grec, eidos ou idea veut dire à la fois "essence" et "forme" des choses). Platon pensait que tous les phénomènes naturels ne sont que les ombres de formes ou d'idées éternelles; les perceptions que nous pouvons avoir avec nos cinq sens ne nous permettent d'avoir que de vagues interprétations mais ce que nous voyons de l'intérieur grâce à la raison nous conduit à la vraie connaissance; ie "l'idée de l'homme" se tiendra éternellement sur deux jambes même si tous les hommes appartenant au monde des sens devaient être boiteux. Le hic : doit-on admettre l'idée de la crasse, de la boue, de la rouille, ... ?

L'homme : un corps et une âme
"Le corps est la prison de l'âme"

D'après Platon, l'homme est également composé de deux parties :
- un corps lié au monde des sens et donc qui est soumis au changement,
- une âme immortelle qui est le siège de la raison.
Platon pense que toute âme existe dans le monde des idées mais que lorsqu'elle vient habiter un corps, elle oublie les idées parfaites qui resurgissent au fur et à mesure que l'homme appréhende les choses qui l'entourent. L'âme, qui a le désir (eros, qui signifie amour) de rejoindre le monde des idées, se libère de la "prison du corps" quand l'homme meurt. Platon soutient l'idée d'un cycle de réincarnation des âmes qui sont en nombre fini.

La Cité idéale de Platon
"Le propre de la sagesse et de la vertu est de gouverner bien,
le propre de l'injustice et de l'ignorance est de gouverner mal."


Platon prône une république gouvernée par des philosophes et pour argumenter il se réfère au corps humain :

Corps Ame Vertu Cité
La tête siège de la raison (fonction rationnelle) capable de connaître la justice et la vérité, doit se donner pour but la sagesse Philosophes
Le coeur siège de la volonté (énergie passionelle) capable du pire comme du meilleur, doit se soumettre à la raison et faire preuve de courage Guerriers
Le ventre siège des désirs, pluriels et aveugles, doit être bridé pour que l'homme fasse preuve de modération Travailleurs


La vertu platonicienne centrale est la tempérance : gestion des sens par la raison. La philosophie de l'Etat de Platon est également basée sous le signe du rationalisme. L'essentiel pour une bonne cité est d'être gouvernée par la raison et donc par les philosophes qui sont les seuls à avoir accès à l'intelligible : le savoir absolu autorise le pouvoir absolu. Platon insiste sur les critères de séparation des classes, qui sont de véritables races de nature différente, devant préserver et améliorer leurs qualités propres. Aujourd'hui, nous aurions tendance à qualifier la Cité rêvée par Platon d'état totalitaire.

Dialectique philosophique
"Si l'on interroge bien les hommes, en posant bien les questions,
ils découvrent d'eux-mêmes la vérité sur chaque chose."


Platon privilégie la connaissance intuitive (qui est une vision intérieure) à la connaissance discursive (qui s'appuie sur des raisonnements), ... l'expérience spirituelle à la doctrine fixée en thèses. Il se méfie du langage (convention arbitraire qui ne permet d'établir que des vérités de convention) et de l'écriture (reflet inerte, mort d'une pensée vivante). Il contourne la problème en écrivant des dialogues à plusieurs : il suggère mais ne dit pas, il s'exprime par des mythes qui sont une forme de connaissance intuitive. Le dialogue devient un instrument d'enseignement philosophique : la remise en question par le dialogue conduit l'âme à un dialogue intérieur avec elle même; elle se pose des questions et recherche des réponses; au terme du dialogue, la vérité ne peut être découverte que par soi-même, au-delà de toute parole.

Pour Platon, la poésie est une voie divine dans le monde humain; le poète est possédé par un dieu à l'image des oracles.