Aristote vint à l'académie de Platon lorsque ce dernier avait 60 ans. Il fut le dernier grand philosophe grec et le premier grand biologiste européen.


Lybie, erg Mourzouk

Aristote vs Platon
Platon s'était tellement concentré sur les formes éternelles (les idées) qu'il ne prêtait guère attention aux phénomènes naturels. Aristote au contraire, s'intéressait à la nature vivante, aux cycles de la vie. Aristote trouvait que Platon posait le problème à l'envers : l'idée n'existe pas en soi, c'est un concept créé par l'homme; d'après Aristote, l'idée de la poule ne peut précéder la poule,elle est présente dans chaque poule, indissociable comme l'est l'âme et le corps. Platon n'utilisait que sa raison, Aristote utilisait aussi ses sens. Platon pensait que tout ce que nous voyons autour de nous n'est que le reflet de quelque chose du monde des idées et par conséquent de l'âme humaine. Aristote pensait au contraire que ce qui est dans l'âme humaine n'est qu'un reflet des objets de la nature. La raison est selon Aristote le signe distinctif de l'homme, mais elle est vide avant que nos sens ne perçoivent quelque chose. L'être humain n'a donc pas selon lui d'idées innées. En prenant ainsi le contre-pied de l'idéalisme de Platon, il fonde le réalisme.

Aristote est en perpétuelle recherche des principes qui fondent les théories. Pour lui, il n'y a de connaissance que de l'universel (l'eau gèle par grand froid, les chiens aboient), mais il n'y a d'existence que du particulier (cette flaque d'eau, le chien de mes voisins). Partant de la sensation, du particulier, il procède par une généralisation pour parvenir à la connaissance de l'universel; c'est la méthode empiriste, qui est valable, selon lui, autant pour les phénomènes naturels que pour la morale ou la politique : toujours et partout, c'est par une exploration méthodique de la réalité que nous pouvons remonter à des principes. Mais il ne faut pas confondre chez Aristote cette méthode, qui part du bas et essaie de dégager des principes, avec sa théorie de la théorie parfaite, qui part du haut et expose un système en le déduisant de principes ou de définitions comme en mathématiques.

Logique
Déduire le vrai
Aristote invente la logique qui étudie la manière dont à partir d'énoncés vrais on peut déduire d'autres énoncés vrais pour construire étape par étape une théorie; il appelle ces énoncés vrais des syllogismes : "Si x est y et que z est x, alors z est y" = "Si tout homme est mortel (l'universel) et que Socrate est un homme alors Socrate est mortel (le particulier)".

Métaphysique
Tout a une cause, tout a une fin
Aristote invente la métaphysique qui recherche les principes premiers, ceux qui ne sont déduits de rien et à partir desquels on en déduit tout le reste (les principes) et ce qui produit le reste (les causes). Exemples de principes premiers : le principe de contradiction (on ne peut pas affirmer une chose et son contraire), le principe du tiers exclu (un énoncé élémentaire est vrai ou faux). Concernant les causes, Aristote en distingue quatre sortes dans la nature qui rendent compte de l'être tout entier de l'objet depuis sa matière jusqu'à sa fontion; ainsi les quatre causes de la pluie sont : - cause matérielle : les nuages se trouvaient là précisément quand l'air s'est refroidit, - cause efficiente : la vapeur d'eau contenue dans les nuages se refroidit, - cause formelle : la forme ou la nature de l'eau est de tomber sur terre en gouttes d'eau, - cause finale : il pleut parce que les animaux et les plantes ont besoin d'eau.
Dans une statue, la cause matérielle est le matériau, la cause efficiente est la ciseau du sculpteur, la cause formelle est sa forme et la cause finale est sa destination (orner, par exemple). Aristote vise ainsi une compréhension totale de l'objet et pas uniquement sa modélisation mathématique.

Théorie du changement
Matière et forme, acte et puissance
Pour prendre en compte le changement des propriétés d'un objet, Aristote distingue la matière (ce dont la chose est faite) et la forme (le réceptacle des propriétés de l'objet). Prenons un ignorant et instruisons-le : la même substance demeure ou la même matière, mais sa propriété, sa forme a changé; il est passé de non-instruit à instruit. Il distingue également acte (les propriétés que possèdent effectivement un objet) et puissance (les propriétés que possèdent un objet en puissance) : d'instruit en puissance, notre ignorant devient instruit en acte.

Biologie
Classer pour comprendre, comprendre le pourquoi
Aristote invente le principe de classification naturelle des êtres vivants en genres et espèces, avec des propriétés communes à chaque niveau et en retenant comme critère différenciateur le mode de reproduction. En reconnaissant dans cette classification l'importance de la fonction - qui permet une analogie entre la patte et la nageoire, entre les plumes et les écailles, ... - il invente le principe d'une analyse fonctionnelle des organismes vivants. Sa biologie est essentiellement finaliste (par opposition à mécaniste) : il faut se demander quelle est la fonction d'un être avant de chercher comment il est fabriqué: c'est parce qu'un plante est destinées à pousser sur les rochers qu'elle est ainsi composée de matière organisée et pas l'inverse.

Ethique
Le sens du juste milieu
Dans le domaine de l’action, Aristote distingue la praxis, action immanente qui a sa fin en elle-même, et la poïesis, action qui produit quelque chose. Le philosophe analyse la praxis dans une théorie qui concerne le comportement individuel (l'éthique) et dans une théorie qui concerne le collectif (la politique).
L'éthique d'Aristote rappelle celle de la médecine grecque : vivre dans l'équilibre et la modération est l'unique moyen de connaître le bonheur : être courageux mais pas lâche (pas courageux) ni casse-cou (trop courageux), être généreux mais pas avare (pas généreux) ni dépensier (trop généreux). L'action vertueuse est l'action médiane entre deux vices opposés mais ce n'est pas le centre mou des passions, c'est l'optimisation des énergies, le règlage le plus fin des désirs et volontés. Les plus hautes formes d'éthique sont pour Aristote la sagesse (vertu spéculative concernant la connaissance) et la prudence (vertu exécutive concernant l'action).
Aristote est le premier philosophe de l’Antiquité à avoir analysé les conditions de la détermination volontaire : certaines de nos actions, que nous faisons par violence ou par ignorance, ne peuvent être rapportées à notre volonté et on ne peut par conséquent nous en rendre responsables. Néanmoins, l’ignorance ne fait pas tout pardonner : il y a des cas où l’on punit l’ignorance, parce qu’il est des choses qu’il dépendait de l’homme de savoir et qu’il aurait dû savoir.
Aristote distinguait trois formes de bonheur : vivre dans le plaisir et les divertissements, vivre en citoyen libre et responsable, vivre en savant et philosophe. D'après lui, ces trois conditions doivent être réunies pour mener une vie heureuse.

Politique
Aristote ne cherche pas la théorie de l'Etat idéal, il cherche à comprendre et à améliorer les régimes politiques de son époque et pour celà il recueille 158 constitutions de Cités ou d'Etats. Il cite trois formes réussies d'Etats :
- la monarchie (un seul chef d'état), risque : la tyrannie,
- l'aristocratie (plusieurs dirigeants), risque : la junte,
- la démocratie, risque : état totalitaire.
Pour Aristote, l'homme est par nature un être politique, c'est à dire destiné à construire son bonheur dans une société, une Cité (Polis, en grec) et son bonheur est la fin (le but) de la Cité. Aristote fournit une idée de base de la démocratie : la mutitude des citoyens dont chacun n'a aucune qualité particulière est plus sage en politique qu'un individu d'élite décidant seul ou à plusieurs.
En matière d'économie, Aristote est un fondateur de la pensée médiévale et on trouve dans ses ouvrages des concepts précurseurs de la pensée économique moderne : écologie et capitalisme.

L'âme humaine
Aristote refuse que l'âme soit une entité séparée du corps et provisoirement enfermée en lui. Pour lui, les deux constituent une seule substance, comme forme et matière. La "forme" de l'homme est, selon Aristote, qu'il a à la fois une "âme de plante" (âme végétative), une "âme d'animal" (âme sensitive) et une "âme de raison" (âme intellective) : l'homme ne sera heureux que s'il développe toutes les facultés qu'il possède en puissance. Philosophiquement, la forme d'une substance est son essence, ce qui fait d'elle ce qu'elle est : l'âme est l'essence de l'homme; elle remplit plusieurs fonctions correspondant à plusieurs de degrés de l'âme : sensation (âme animale), réflexion/mémoire (psyché) et enfin intuition directe des intelligibles (nous). Si une partie de l'âme doit survivre après la mort, dit Aristote avec prudence, c'est celle-là, parce qu'elle n'est pas liée nécessairment à un corps

Le monde aristotélicien
Pour Aristote, la Terre est ronde placée au centre de l'Univers et les autres parties de l'univers sont des sphères de plus en plus éloignées de ce centre. Prochain progrès : Copernic, deux mille ans plus tard ! Il pensait que les mouvements des étoiles et des planètes gouvernaient les mouvements sur la Terre, mais qu'il existe quelque chose qui les met en mouvement; il appelle ce qqc le "premier moteur" ou "Dieu"; le "premier moteur" lui-même ne bouge pas, mais c'est lui qui est la "première cause" de tous les mouvements dans la nature.

La femme selon Aristote
Aristote n'était pas loin de dire qu'il manquait quelque chose à la femme : elle est comme la terre qui se contente d'accueillir et de faire posser la semense alors que l'homme est le "semeur". Pour reprendre ses propos, l'homme donne la "forme" et la femme la "matière". Cette erreur de jugement fut particulièrement désastreuse car c'est la conception d'Aristote, et non celle de Platon, qui prévalut jusqu'au Moyen-Age et dont l'Eglise hérita.