Avec Alexandre, dont Aristote fut un temps le précepteur, puis avec les Romains, une nouvelle société voit le jour à l'échelle mondiale. Jusque là, les hommes étaient liés à leur propre peuple et à leur cité; avec l'abolition des frontières, beaucoup sont envahis par le doute et l'incertitude concernant leur conception de vie. Les nouvelles religions qui voient le jour pendant l'héllénisme ont toutes en commun un enseignement pour délivrer l'homme de la mort. Le philosophie s'oriente aussi vers le salut et une certaine sérénité de la vie. La pensée philosophique devait permettre à l'homme de se libérer de l'angoisse de la mort et du pessimisme. La frontière entre philosophie et religion devint alors bien tenue. L'éthique devint le projet philosophique le plus important; toute la question était de savoir en quoi consistait le vrai bonheur et comment l'atteindre.


Lybie, erg de Mourzouk

Les quatre principaux courants philosophiques de l'époque sont :

Le cynisme
Elève de Socrate, Antisthène jette les bases du cynisme en 400 av JC. Les cyniques mettent l'accent sur le fait que le vrai bonheur est de savoir se rendre indépendant des choses extérieures comme le luxe matériel, le pouvoir politique, la bonne santé, voire la souffrance et la mort. Le cynique le plus célèbre fut Diogène qui, dit-on, vivait dans un tonneau, ne possédait qu'un manteau, un bâton et un sac pour son pain; sa philosophie se traduit par des actes volontaires et provocateurs dont le but est de subvertir tout conformisme, tout modèle moral. De nos jours le mot "cynisme" s'emploie pour exprimer la manque de compassion envers autrui.

Le stoïcisme
Zénon fonde le stoïcisme à Athènes en 300 av JC. On peut résumer cette doctrine à l'idée qu'il faut vivre en accord avec la nature et la raison pour atteindre la sagesse et le bonheur. Comme Héraclite, les stoïciens pensaient que tous les hommes faisaient partie intégrante de la raison universelle ou du "logos". Chaque individu est un monde en miniature, un "microcosme" qui est le reflet du "macrocosme". Ceci permettait d'établir un droit valable pour tous les hommes, le "droit naturel". Parce que le droit naturel est fondé sur la raison intemporelle de l'homme et de l'univers, il ne change pas en fonction du temps et du lieu. lls prirent ainsi le parti de Socrate contre les sophistes. De même qu'ils gommaient la différence entre l'individu et l'univers, ils rejetaient toute idée de contradiction entre l'esprit et la matière : cette conception s'appelle le monisme par opposition au dualisme de Platon, cad au caractère double de la réalité. Les plus connus d'entre eux furent l'orateur, philosophe et homme politique Cicéron (106-43 av JC), l'empereur romain Marc Aurèle (121-180 ap JC) et Sénèque (4 av-63 ap JC). Ils sont à l'origine de l'humanisme, ce mode vie qui place l'homme au centre. Selon eux, rien n'arrive par hasard, tout est le fruit de la nécessité. Nous parlons aujourd'hui de "calme stoïque" pour qualifier une personne qui ne se laisse pas emporter par ses sentiments.

L'épicurisme
Pour les stoïciens et les cyniques, l'homme doit se libérer de tout luxe matériel. Pour Aristippe, élève de Socrate, le but de la vie doit être d'atteindre la plus grande jouissance possible, le bien suprême étant le plaisir et le plus grand des maux la douleur. Vers 300 av JC, Epicure fonde une école philosophique qui développe cette morale de plaisir. A la différence des stoïciens, les épicuriens manifestaient peu d'intérêt pour la politique et la vie sociale : "Vivons cachés !" conseillait Epicure. L'épicurisme est une doctrine matérialiste et atomiste dont l'héritage a été revendiqué par le matérialisme moderne (Marx notamment).

Le néo-platonisme
Cette doctrine philosophique, élaborée par Plotin à Alexandrie au IIIe siècle ap JC, tentait de concilier la philosophie de Platon et des philolosophes antiques avec certaines doctrines religieuses orientales de l'Egypte et de L'Inde. Par cet éclectisme, elle voulait que Dieu fût à la fois l'idée dernière et simple qu'exigeait la dialectique, la source productrice des choses que décrivait le Timée, et le moteur immobile d'Aristote, qui, pour que sa perfection ne soit pas souillée par l'imperfection du monde, ne doit ni le créer ni le connaître. Dieu est un et triple à la fois :
  • il est avant tout l'Unité pure, l'Ineffable, supérieur à toute détermination, à toute pensée, supérieur même à l'essence,
  • il est aussi la pensée de la pensée, qui trouve en soi les idées platoniciennes, le modèle intelligible de l'univers,
  • il est enfin âme du monde, principe créateur et participe de ce fait à la multiplicité.
De ce point de vue, le néo-platonisme comporte une dimension mystique forte. Elle a influencé la philosophie et la science moderne, les grands systèmes de l'idéalisme allemand et même la pensée contemporaine.