Spinoza est le plus antiaristotélicien des philosophes; d'après lui, la réalité est parfaite : tout ce qui doit exister existe et il n'y a pas à chercher une quelconque perfection au-delà de la réalité elle-même. Il n'y a pas chez Spinoza d'au-delà du temps : la béatitude n'est pas la récompense qui attend l'âme dans l'au-delà, mais l'état actuel, effectif de l'âme : l'éternité est ici et maintenant !



Pour Descartes, il y a deux substances : la matière et l'esprit, pour Leibniz, il y en a une infinité : les monades; pour Spinoza, il n'y a qu'une seule substance appelée Dieu ou Nature, pas le dieu transcendant, créateur du ciel et de la terre, mais ce que nous nommons réalité, monde, chose, ... une réalité qui s'identifie à la perfection. Dieu n'est pas extérieur au monde, mais immanent à la Nature, il est la Nature. Cette affirmation lui vaudra l'accusation d'athéisme, l'excommunication de sa communauté juive dans laquelle il vivait et une existence de reclus.

Pour Spinoza, l'âme et le corps ne sont pas deux parties de l'être humain, mais deux dimensions parallèles : la série des états d'âme et celles des états du corps coïncident au point que l'une peut être considérée comme la traduction de l'autre (on peut donner une traduction psychologique d'états physiologiques et inversement). Les psychanalystes tiennent Spinoza pour le philosophe ayant le plus ouvert la voie à Freud.

Constatant les méfaits de l'utilisation de la religion par les pouvoirs politiques, qui mènent leurs sujets à suivre docilement leurs décisions et accomplir leurs projets, même les pires, Spinoza prône une séparation stricte entre le religieux et la politique; à ce titre, il est un précurseur de la laïcité. Depuis ses origines, la philosophie n'aime pas la démocratie, essentiellement à cause de la bêtise attribuée à la foule, et lui préfère la monarchie (cf despotisme éclairé prôné par Platon). A cet égard, Locke, Spinoza, Rousseau et Marx, penseurs de la démocratie, sont des exceptions notables. Spinoza ne pose pas le problème en terme d'idéal politique; il considère la démocratie comme le régime de la raison, donc de la puissance, donc de la liberté; il convient à la nature raisonnable de l'être humain, les autres régimes le traitant en animal.

Spinoza récuse la liberté abstraite des hommes, celle qui consiste à choisir entre des options contraires (libre arbitre) ou semblables (liberté d'indifférence); pour lui, être libre ce n'est pas "pouvoir faire", c'est faire (cf le sketch avec Pierre Dac et Francis Blanche : "il peut le faire, il peut le faire !). Personne ne peut abandonner la liberté de juger et de penser; chacun est maitre de ses pensées : c'est un droit que chacun tient de sa nature.

Sur Philagora, une aide à la compréhension de l'Ethique, l'oeuvre capitale de Spinoza.