Abbaye
Saint-Michel de Cuxa
   

''Il est des lieux
qui tirent l'âme
de sa léthargie,
des lieux enveloppés
baignés de mystère
élus de toute
éternité
pour être le siège
de l'émotion,,

A 430 mètres d'altitude, sur la commune de Codalet, à 3 km de Prades, le monastère est dominé par l'imposante majesté du Mont Canigou (2785 m).

Avec l'abbaye Saint Michel de Cuxa (prononcer "coucha") apparaît la première leçon magistrale de l'architecture romane : on passe de l'art préroman au roman.

L'histoire de Saint-Michel-de-Cuxa commence en 878 : la communauté religieuse établie au monastère d'Eixalada, chassée par une crue violente du Têt se réfugie sur le site de Cuxa et sous la protection des comtes de Cerdagne va construire une église qui sera consacrée en 974 par sept évêques du pays.

Une soixantaine de moines s'activent alors à établir un réseau de communications et d'influence qui valent à l'abbaye un rayonnement unique dans toute l'Europe et lui attirent des personnages aussi illustres que le Doge de Venise (Pierre Orséolo), Saint Romuald (fondateur des Camaldules) ou Gerbert d'Aurillac (futur pape Sylvestre II).

Elu abbé en 1008, Oliba promulgua la "Trêve de Dieu" lors du synode de Toulouges en 1027. Grand bâtisseur, il ajoute à l'église la crypte, la chapelle de la Trinité, deux clochers sur les extrémités du transept et le déambulatoire avec ses trois absides.

Cette période d'apogée ne dure pas et dès le 12e siècle commence une lente phase de déclin accéléré au 16e siècle par le passage du monastère sous le régime de la commende.

Le monastère devient définitivement français en 1659 avec le traité des Pyrénées. A la Révolution, une grande partie de l'édifice est démantelée et l'abbaye abandonnée. La toiture de l'église s'effondre en 1835, le clocher nord tombe en 1838. En 1907, il ne reste rien du cloître : 32 colonnes et chapiteaux sont vendus par des antiquaires aux musées de New York et de Philadelphie. Depuis 1938, le cloître de Cuxa s'élève au milieu d'un parc sur les hauteurs dominant la vallée de l'Hudson. En 1919, le monastère est cédé aux cisterciens de Fontfroide qui y restent jusqu'en 1965.

Le monastère doit sa renaissance en 1950 au violoncelliste Pablo Casals, réfugié en France sous la dictature franquiste. Acceptant de se produire en public après des années de silence, il donne ses premiers concerts dans l'église… à ciel ouvert faute de toiture. Des travaux considérables sont entrepris dès 1952. Aujourd'hui l'abbaye est à nouveau occupée par une communauté bénédictine dépendant de Montserrat.

Avant d'aborder la visite des bâtiments, remonter la route sur une centaine de mètres pour admirer le beau clocher roman à quatre étages. Aux deux premiers étages, il comporte des bandes lombardes et des fenêtres étroites. Au troisième étage, on trouve deux ensembles de baies géminées sur chaque face. Au dernier étage alternent des fenêtres géminées et des baies simples. Côté est et ouest, une rangée d'oculi complète ce décor. La terrasse est bordée par des créneaux.

La visite commence par la crypte. Aussi secrète qu'une grotte, la chapelle de la Vierge de la Crèche invite autour de son pilier central de sept mètres de circonférence à la méditation. A noter la conservation des morceaux de bois de coffrage encastrés dans le mortier de chaux du 11e siècle.

Par un portail, au nord, on pénètre dans la chapelle latérale Saint Gabriel, faisant pendant à celle de Saint Raphaël située au sud. Une partie transversale, constituée de trois nefs, voûtées en berceau sur arcs doubleaux en plein cintre, relie les deux chapelles; la nef centrale était l'axe de passage du sud vers le cloître.

Quelques marches donnent accès au cloître où l'on a rassemblé les arcades et chapiteaux qui se trouvaient à Prades ou chez des particuliers.

Daté du 12e siècle, le cloître, le plus grand des Pyrénées, est roman et non préroman comme le reste de l'abbaye. Les galeries sud (collatéral nord de l'église) et est (croisillon nord du transept) sont couvertes par une charpente en bois.

L'ornementation des chapiteaux (en marbre rose) surprend par l'absence de thèmes religieux et la présence de thèmes orientaux, inspirés par les manuscrits de la bibliothèque de Cuxa, l'une des plus riches depuis le 10e siècle (feuillage, animaux et scènes composées avec des héros et des animaux).

Deux chapiteaux historiés présentent un Christ bénissant et un Christ entouré d'anges, avec St Pierre à ses pieds. Sur un chapiteau, on peut voir Gilgamesh, un personnage issu de la mythologie sumérienne.

Dans le bâtiment ouest, une exposition retrace l'histoire de l'abbaye.

On pénètre dans l'église depuis le cloître par un portail ouvert au 16e siècle et reconstitué à partir d'une arcade, reste d'une tribune montée au 12e siècle. Un arc en plein cintre richement sculpté occupe le centre. Au-dessus de l'arc, les écoinçons abritent le lion de Marc (à gauche) et le taureau de Luc (à droite). Les statues des piliers représentent St Pierre et St Paul. Leur style rappelle celui des statues du portail de Moissac : stylisation des corps, pieds en pointe, torsion des membres, notamment les poignets.

Quelques marches conduisent au fond de la nef (30 x 10 m), l'un des très rares spécimens de préroman en France, caractérisé par l'arc en fer à cheval dit "wisigothique". La nef s'appuie sur des collatéraux voûtés en demi-berceau, dont elle est séparée par des arcades cintrées. Le côté sud est éclairé par quatre fenêtres hautes, alors que le côté nord n'est pas éclairé.

Le transept est bas et très saillant. Les croisillons, voûtés en berceau, comportent de grandes arcades outrepassées. L'abside, rectangulaire et fragmentée en cellules, est typique du préroman.

Les deux travées du chœur ont été voûtées d'ogives au 14e suite à un incendie. Elles sont éclairées par quatre baies. Deux longues chapelles rectangulaires, terminées en cul de four, entourent le chevet au nord et au sud. Elles s'ouvrent par des arcs outrepassés. A l'est, derrière le chœur, un couloir voûté en berceau sur arcs doubleaux relient les deux chapelles, formant une sorte de déambulatoire à angles droits.

Dans chaque bras du transept s'ouvraient deux absidioles précédées d'un arc outrepassé. Dans le bras nord, il en reste seulement une, la seconde fut détruite par l'effondrement du clocher nord. Dans celle qui reste, est vénérée une vierge romane du 13e siècle.

 

  66500 Codalet, 04 68 96 15 35
Mai à Septembre : 9h30-12h et 14h-18h
Octobre à Avril : 9h30-12h et 14h-17h
Pas de visites les dimanches matin et fêtes.