La coupe sur la table est au cœur des trois anges ; mais cette table est ouverte du côté des spectateurs, de note côté, comme si la coupe nous était offerte. Roublev parle du mystère eucharistique, de cette messe qui est le cœur de la vie chrétienne… comme pour déclarer qu’on ne comprend Dieu qu’en prenant la coupe. Jésus dit de même « Si vous ne buvez pas le sang du Fils de l’Homme vous n’aurez pas la vie en vous ».
En contemplant cette icône, on est amené à méditer sur de multiples thèmes de la théologie autant occidentale qu’orientale.
Regardez la table autour de laquelle sont disposés les trois anges. C’est un autel romain. L’ouverture que l’on voit sur le devant est typique de ce type d’autel : la châsse contenant les reliques des martyrs étaient placées à l’intérieur de l’autel et la cavité aménagée le plus souvent sur le devant de l’autel permettaient aux fidèles de la faire toucher par des morceaux d’étoffe qu’ils emportaient chez eux. Cette cavité s’appelle « confessio ». On ne trouve pas ce type d’autel en Orient. Roublev fait intentionnellement allusion à l’Occident.
Rappelons qu’occidentaux et orientaux ont une théologie différente sur le dogme du mystère de la Trinité. Les orientaux s’en tiennent au Credo défini aux conciles de Nicée et Constantinople : « L’Esprit procède du Père ». Les occidentaux ont un peu introduit dans ce Credo une formule nouvelle : « L’Esprit procède du Père et du Fils ». Après la séparation des deux églises, orientaux et occidentaux se mirent à se traiter mutuellement d’hérétiques.
Roublev a su intégrer dans sa méditation les deux positions orientale et occidentale. Relevez les attitudes respectives des trois personnes avec le jeu de leurs mains et celui de leurs regards ; elles rendant compte de toutes les définitions dogmatiques.
« L’Esprit procède du Père » : le Père au centre porte ses regards vers l’Esprit, comme s’il se donnait à lui. L’Esprit tient tout de lui.
« L’Esprit procède du Père et du Fils » : regardez le visage du Père et celui du Fils, leur manière d’être assis, leur inclination ; ils sont tous deux tournés vers la gauche, vers l’Esprit.
« L’Esprit procède du Père par le File », c’est la formule qui rallie pratiquement occidentaux et orientaux : le Père porte vers l’Esprit mais en même temps par sa main droite et par l’ensemble de son attitude, il englobe le Fils à droite, il passe par lui pour se donner à l’Esprit.
Toutes les sensibilités théologiques sont respectées ; aucun théologien, de quelque bord qu’il soit, ne saurait être froissé à la vue de cette icône.
L'icône de la Trinité de Roublev
L'objet du colloque (3/3)