Circuit au Yémen du 17 nov au 4 déc 2006
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Une carte du Yémen (1280x1076, 400 ko) |
Le Yémen vert, les hautes terres du Sud
Les hautes terres méridionales qui s'étendent de Taez à Ibb forment une région fertile, généreusement fournie en eau. Cet espace montagneux se trouve en effet à la pointe extrême de la zone des moussons de l'Océan Indien. Les hommes qui l'occupent depuis bien longtemps ont su utiliser ces conditions hydrologiques favorables pour mettre en valeur la terre à travers des cultures de céréales, de fruits et de légumes (3 à 4 récoltes par an). Les terrasses couvertes de mil, de sorgho, de blé, de maïs, où poussent acacias et jujubiers traduisent cette vocation agricole en offrant des panoramas de toute beauté. Grâce à son climat doux et ensoleillé, on y trouve flamboyants, bougainvillés, mimosas et du jasmin.
Taez
500.000 habitants (3ème ville du pays). Altitude 1400 m. 250 km au sud de Sana'a.
Fondée au XIIe siècle par le frère de Saladin, Taëz s'étale au pied de l'imposant Djebel Saber, dans un agréable site de verdure et de collines.
Points d'intérêt :
- la citadelle Al Qahira qui offre un étonnant panorama sur la ville
300 mètres plus bas,
- la grand mosquée du vendredi Al-Muzaffar du XIIe siècle reconnaissable
à sa vingtaine de dômes et qui ne possède pas de minaret,
- la mosquée Al Ashrafiya se distingue par ses deux minarets et ses coupoles
blanches (une des rares mosquées du pays visitables par des non-musulmans),
- les deux palais de l'imam Ahmed,
- le petit souk qui s'étend sur trois rues et où les femmes du
Djebel Saber, reconnaissables à leurs costumes colorés et à
leurs bijoux en or, descendent quotidiennement y vendre leurs produits.
A 30 km au sud de Taez, le village de Yufrus possède une superbe mosquée du XVIe siècle. La vie de ce village reculé est très rustique; les femmes n'y portent pas de voile.
Jibla
Altitude 2000 m.
Ce très beau village médiéval, construit à flanc de collines verdoyantes, est célèbre pour avoir été au XIe siècle le fief de la reine Arwa, la seule reine de l'histoire de l'islam. La ville présente l'un des plus beaux ensembles architecturaux du Yémen constitué de constructions en pierre et de nombreux monuments d'époque fatimide. Elle est pratiquement inaccessible aux voitures. Les ruelles dallées sont bordées de hautes maisons de pierre étagées a flanc de colline. Ces maisons sans enduit décoratif sont égayées par de très beaux motifs et reliefs en stuc; les portes sont en bois sculpté portent des inscriptions coraniques.
La grande Mosquée construite sous le règne de la Reine Arwa (fatimide) en 1088, ou elle repose, est l'une des plus anciennes et des plus belles du Yémen. On peut y admirer de beaux reliefs en stuc et un magnifique plafond décoré. L'aqueduc construit sous le règne de la reine Arwa apporte toujours I'eau des montagnes. L'importante ruine du Palais de la Reine comptait 365 chambres, une pour chaque nuit dit la légende. Le souk est toujours vivant et authentique.
Carnet de voyage
25/11
Nous avons tous dormi comme des souches mais l’ambiance au petit déjeuner
est un peu tristounette : qu’il est dur de se retrouver dans une salle
de restauration impersonnelle après les journées inoubliables
que nous venons de vivre dans les montagnes. C’est avec hâte que
nous dirigeons vers le sud de Taez ; le long des 30 kms qui
nous séparent de Yufrus, nous croisons les premières
femmes non voilées de notre séjour. La région est verte
et fertile, la route qui longe et traverse le wadi Bani Khawlan est bordée
de nombreux champs et arbres tropicaux. Soudain au détour d’un
village apparait le minaret blanc de la mosquée au-dessus du petit village
aux maisons de pierre ; les femmes ne portent pas le voile. Un vieil homme semble
prendre plaisir à laisser les « mécréants »
monter les marches de la mosquée pour mieux leur en interdire l’accès.
Dommage !! Retour sur Taez et nous grimpons sur les contreforts du djebel
Saber ; après quelques kms de montée, la vue sur Taez
est superbe. Vers midi, Omar notre guide nous invite à déjeuner
dans la maison de ses parents, une maison de campagne typique de la région
et située en contrebas du palais de l’imam Ahmed. Nous sommes accueillis
par la mère, le père, les frères, cousins et voisins. Nous
montons dans une première petite salle où nous faisons connaissance
; puis on grimpe encore un étage où nous attend au centre et tout
le long du grand madradge … un festin royal ! des plats typiques : riz
parfumé avec de la viande de mouton très tendre, différentes
sortes de viandes cuites avec des légumes et une mousse de fenu grec
couvrant le tout, des frites, du poulet, … tarte au miel, bananes, thé
… nous sommes une vingtaine assis à même le sol, les femmes
mangent dans une autre pièce, ambiance très chaleureuse ! deux
seaux dans le couloir permettent de se laver les mains …
Marie-Reine : « Je me rince les doigts au moment où la mère
d’Omar passe : elle vient vers moi, me prend par l’épaule
(elle est beaucoup plus petite que moi) et m’entraine vers la terrasses
extérieure pour me faire admirer le paysage et surtout ses terres ; l’échange
est très fort, on regarde ensemble les champs et là je me laisse
glisser, je suis bien, j’ai envie de rester ! Je me mets à rêver
de ce que pourrait être une vie, la mienne au Yémen. Puis elle
me sort de ma rêverie pour me demander combien j’ai d’enfants
: 2 ; elle a du mal à me croire. Omar nous rejoint et lui confirme le
chiffre : elle me regarde avec pitié ; ici la femme est respectée
au travers du nombre d’enfants : son statut social en dépend ;
puis arrive Frédérique, Eliane et les hommes … séquence
photos de famille ; la sœur d’Omar sort de la cuisine et se trouve
désarmée par la présence des hommes : elle n’est
pas voilée, elle rejoint très vite ses sœurs ; la mère
propose une séance tatouage au henné : toutes les femmes descendent
dans la petite salle d’accueil, je présente ma main droite et un
beau dessin finit par se former sur le dessus ; puis ce sera le tour d’Eliane
et de Frédérique. Une des sœurs est mariée depuis
5 mois, elle vint de terminer le collège, aune autre a passé son
bac, s’est mariée, et a trois enfants à 21 ans, une autre
sœur a fini des études de philo et cherche du travail, un autre
frère est prof de math à Taez. Omar vient faire l’interprète
entre les femmes de sa famille et nous, quel moment merveilleux : je suis dans
un cocon, à boire du thé, baignée dans cette chaleur féminine
et fraternelle ! Une sœur arrive avec des bouquets de fleurs pour nous
; il faut repartir, nous enverrons les photos à la mère ; échange
profond, basé sur des ressentis, au-delà de la barrière
de la langue ; je flotte, je n’ai pas envie de partir ; dernières
embrassades et salutations, Naïma, mère d’Omar, tu me manques
déjà ! »
Nous terminons cette belle journée par une ballade à pied dans
la vieille ville de Taez et une visite de la mosquée Al-Ashrafiyya et
ses splendides minarets. L’intérieur de la salle de prière
est finement décoré et la grande coupole est joliment cerclée
d’une calligraphie sur fond sombre. Un peu plus loin, le soleil envoie
ses derniers rayons sur les dômes blancs de la mosquée Al-Muzaffar.
A une vingtaine de mètres de la mosquée se trouve le souk aux
bijoux en argent, ainsi qu’un petit marché aux fruits, aux fromages
; tout près, dans une ruelle, sont regroupés les vendeurs de tissus,
jambyas, valises, …(5000 rials pour un narguilé de taille moyenne
vendu en kit dans sa valisette).
26/11
Départ matinal pour Jibblah à 50 kms au nord
de Taez. On comprend encore mieux le long de cette route l’image rafraichissante
et sereine de « Yémen vert ». De part et d’autre de
la route, des champs de mil, de sorgho, de blé, de maïs, de pommes
de terre ; au bord de chaque lopin de terre, un cabanon en pierre ou en bois
abrite un gardien. Très vite, la route prend de la hauteur, nous grimpons
les premiers lacets et amirons les superbes panoramas sur la vallée verte.
Une fois franchi le col de Sayani (2400m), nous redescendons en direction d’Ibb
; quelques kms plus bas, les 4x4 s’engagent dans un chemin de terre qui
mène à Jibblah ; partout des arbustes, des buissons, des fleurs,
l’odeur de la montagne nous rappelle le printemps en Vanoise. Jibblah
est un très beau village de montagne accroché aux flancs d’une
colline verdoyante à 2000m d’altitude. La ballade dans la cité
médiévale est un vrai régal. Nous grimpons une première
ruelle étroite où les paysans des alentours vendent leurs fruits
et légumes. Lumière et humidité du matin, parfums des légumes
et de la terre, sur une terrasses un vieil homme fait sécher ses grains
de café, … Nous sommes dans l’ancien fief de la reine Arwa
; la mosquée qu’elle fit construire est de toute beauté
: ses minarets de styles et de couleurs différents se découpent
sur fond de ciel bleu, la cour carrée est entourée d’un
espèce de cloitre dont la blancheur contraste avec les habitations qui
bordent la mosquée ; à peine sorti de la mosquée, on retrouve
les petites ruelles étroites dallées de grosses pierres et bordées
d’échoppes. Les habitations bâties en grès rose, blanc,
orange, mauve sont décorées de frises et de reliefs en stuc. Comme
système d’ouverture, certaines possèdent des oeils de bœuf
réunis par groupe de trois lucarnes. La palais de la reine Arwa trône
toujours sur les hauteurs du village et domine une très belle mosquée
au minaret de briques rouges et blanches. Une petite paysanne me vend un bouquet
de leurs avec un sourire rayonnant. Nous craquons tous devant la pâtisserie
du village pour une brique de chocolat noir et blanc ; goûteux à
souhait ! Nous sommes sous le charme qui se dégage du village ; mais
il faut déjà repartir et la route est longue jusqu’à
Aden, 200 kms au sud. Nous repassons par le même col qu’à
l’aller où des enfants, surgis de nulle part, essayent de nous
vendre de l’origan. De retour dans la vallée verte, nous croisons
un troupeau de plus de 50 chameaux. Une vingtaine de kms au sud de Taez, le
paysage change : les terrasses disparaissent, les acacias et cactus refont leur
apparition ; en perdant de l’altitude, la température augmente
et la haleur devient vite étouffante dans les 4x4. Nous déjeunons
très vite dans un routier de bord de route proche d’un dépôt
d’ordures où des milliers de sachets plastiques bleus et roses
s’amoncellent ; quelques ânes et zébus grattent à
la recherche de nourriture, des aigles tournoient dans le ciel. Même ambiance
qu’avant-hier ; à la fin du repas, une mère somalienne envoie
ses trois enfants mendier les restes de notre repas (riz, pain et poulet). Au
moment de repartir, un des 4x4 a un pneu crevé ; nous trouvons face au
resto l’homme de la situation qui pour 400 R (2 euros) va démonter
la roue, réparer la chambre à air et remonter le tout en une demi-heure.
Nous reprenons la route et plus nous avançons plus la végétation
se fait rare. Le wadi Warzan que nous longeons est en eau et ses abords sont
verts ; quelques femmes y lavent leur linge. L’espace s’ouvre devant
nous avec en toile de fond des montagnes très effilées. Aux abords
d’Aden, le désert est très proche ; des grandes dunes de
sable s’appuient sur des falaises rocheuses ; nous entrons à Aden
vers 16h, la ville ne présente aucun charme particulier. Nous faisons
un petit tour sur le port et sur la plage d’Aden avant d’aller visiter
les immenses citernes d’eau (90 millions de litres d’eau) qu’avaient
faites construire les anglais au XIXème siècle pour approvisionner
la ville. Arrivée à l’hôtel vers 18h, déjeuner
à 19h30. Petit tour dans le quartier indien très animé
et nous rentrons à l’hôtel un peu fatigué par la chaleur
et la route. Demain sera encore une grosse journée de route avec 500
kms en programme !