Anzy-le-Duc  

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PHOTOS : Eglise (intérieur, extérieur) - Décoration (chapiteaux, portails et modillons)

L'église d'Anzy-le-Duc, réalisée entre le milieu du 11e et le début du 12e siècles, est un chef d'œuvre de l'art roman brionnais. La fondation d'un monastère par les moines de Saint-Martin d'Autun remonte à l'époque carolingienne. De cette époque subsiste la crypte qui servi de sépulture à Hughes de Poitiers, un des premiers prieurs du monastère. C'est l'un des plus anciens sanctuaires chrétiens du brionnais.

Les travées de la nef sont voûtées d'arêtes, séparées par des arcs doubleaux à double rouleau retombant sur des dosserets et demi-colonnes engagées. La nef communique avec les bas-côtés par de grandes arcades également en plein-cintre et à double rouleau. Les bas-côtés sont également voûtés d'arêtes, séparés par des arcs doubleaux simples. Ce système de voûtement a permis de monter la voûte à près de 12 mètres de hauteur, et de percer les murs goutterots de la nef de larges fenêtres en plein-cintre. Le carré du transept est couvert d'une coupole octogonale qui repose sur quatre trompes de forme conique. Le chœur et les bras du transept sont surélevés du fait de la présence de la crypte. Ils sont couronnés par un série de cinq absidioles en retrait.

Dans le croisillon nord, un escalier mène à une crypte du 10e siècle qui a servi de sépulture au "bienheureux" Hughes de Poitiers. C'est la seule cypte connue dans tout le pays brionnais.

Le clocher, haut de 27 mètres, et d'une rare élégance, est incontestablement le plus beau des clochers romans brionnais. Cette construction de plan octogonal, ornée d'arcatures lombardes, fait penser aux clochers romans d'Italie du Nord. Il comporte trois étages de baies séparés par des cordons de pierre moulurés. Chacun des 24 compartiments est percé de eux fenêtres géminées encadrées par une archivolte en plein-cintre.

A noter à l'extérieur les différences de maçonnerie liées à la durée de la construction : petit appareil pour le chevet et le transept (premier âge roman) et plus gros moellons pour la nef.

La décoration sculptée
Voir les chapiteaux, portails et modillons

L'abondance du décor sculpté est un régal pour les yeux : la plupart des 40 chapiteaux sculptés sont ornés de motifs végétaux (acanthes, palmes, ..) ou animaux (aigles aux ailes déployées, lions affrontés, hommes accroupis en position d'atlante, …).

Les chapiteaux historiés aux piliers de la nef sont les plus intéressants. Certains illustrent des scènes de l'Ancien Testament :

    • Daniel encadré par deux lions redoutables devenus miraculeusement affectueux,
    • Samson terrassant le lion,
    • Saint-Michel affronte le démon grimaçant; il brandit son épée de la main droite en tenant son écu de la main gauche,
    • Les fleuves du Paradis sont évoqués par deux petits personnages tenant des cornes d'abondance d'où s'échappe un flot liquide

D'autres illustrent le thème du péché et de l'affrontement du bien et du mal :

    • Le vice de la colère est illustré par deux vieillards s'empoignant par la barbe et les cheveux (sur le côté droit : un homme au visage déformé par la colère et sur le côté gauche : deux personnages se réconcilient en s'embrassant sur la bouche),
    • Le vice de la luxure est illustré par un jeune homme nu dévoré par deux dragons. Le jeune homme, dans une incroyable position renversée, s'accroche, par les mains à l'astragale du chapiteau. Les deux dragons, dont les corps s'enroulent en spirale, le dévorent par la poitrine et par les pieds.

Un chapiteau a suscité beaucoup d'interprétations : un personnage à deux troncs (homme et femme) réunis en un seul corps au niveau des jambes ; sur la droite un personnage nu la tête en bas et le corps surmonté d'un énorme pied ; sur la gauche une bête à crinière tient une flûte et tente d'entraîner un jeune homme. Il est probable que cette sculpture évoque la luxure. D'autres y ont vu Eve sortant de la côte d'Adam.

Ces chapiteaux historiés sont les premiers de Bourgogne.

La décoration extérieure est également soignée ; en particulier, les modillons qui supportent l'entablement des corniches, sur le flan sud de l'église, sont presque tous sculptés.

Le tympan du portail occidental figure un Christ en gloire, dans une mandorle soutenue par deux anges aux ailes déployées. Au linteau est représentée la scène de l'Ascension : la Vierge Marie est entourée par les douze apôtres. Sur l'archivolte, les vieillards de l'Apocalypse sont très endommagés.

Un tympan sculpté orne le portail sud de l'enceinte du prieuré. Il semble plus tardif que celui du portail de l'église. Deux scénes sont juxtaposées : à droite la scène du péché originel avec Adam et Eve tentés par le serpent. A gauche, l'Adoration des Mages devant une Vierge à l'Enfant assise sous un dais. Le linteau porte sur sa frise, le scène du Jugement Dernier : à gauche, les élus protégés par un ange aux ailes déployées, se dirigeant vers la Jérusalem Céleste représentée sous la forme d'une petite construction romane. A droite, un autre ange aux ailes déployées, protège un autre groupe de candidats au salut, qui ne peuvent franchir l'obstacle de l'enfer. La partie centrale est occupée par les démons. L'un d'entre eux chevauche un serpent monstrueux, au-dessus des flammes de l'enfer, et tient dans sa main une longue chaîne qui emprisonne un groupe de quatre damnés.