Les interprétations sont diverses. Mathématiquement parlant, il existe 6 combinaisons possibles ; en fait seules trois prévalent.

Pour les uns, l’ange central figure le Père, encadré du Fils à sa droite et de l’Esprit à sa gauche. Pour d’autres, il faut regarder les personnages de gauche à droite dans l’ordre rigoureux du Credo : Pére, Fils, Esprit-Saint.

La troisième interprétation, qui s’appuie sur l’analyse des symboles, semble être la plus plausible.

La maison, l’arbre et la montagne

Ces trois éléments sont placés au-dessus de chaque personnage ; ils rappellent le chêne de Mambré, la tente d’Abraham et la montagne au pied de laquelle se déroule la scène.

Drôle de montagne en vérité. Absolument jamais on ne représente une montagne de cette manière-là. Ce grand rocher a la forme d’une grande vague en mouvement vers notre gauche. C’est le grand rocher de Daniel. A propos d’un songe de Nabuchodonosor, le prophète Daniel parle d’un rocher qui se détache, frappe une immense statue, symbole de quatre empires du mal, et devient une montagne qui remplit l’Univers. Ce rocher désigne un être divin qui vient instaurer un nouveau royaume à la place des anciens qu’il aura détruits. Ce rocher dans toute la tradition, c’est le Messie, c’est le Christ, le Fils de Dieu.

Le rocher étant le symbole du Christ, l’ange qui se trouve au-dessous de lui est manifestement désigné comme le Fils.

Le bâtiment à gauche désigne l’Eglise et, quand Saint Paul parle d’elle, il affirme que l’Eglise est le temple de l’Esprit. Ce symbole de l’Eglise désigne donc l’ange de gauche comme l’Esprit.

Quant à l’arbre, c’est l’arbre de vie, l’arbre de la création, d’un vert très sombre. Et c’est toujours le Père qui est considéré comme le créateur… L’ange du milieu est bien le Père.

A propos de couleurs …

Les couleurs montrent aussi que l’ange du centre a une certaine primauté et donc qu’il est le Père. Il est vêtu d’une tunique rouge pourpre et d’un manteau bleu comme les grands dignitaires impériaux, avec une bande jaune, le claviculum, qui est leur insigne.

L’ange de droite est vêtu d’une tunique de couleur bleue et d’un manteau d’un vert très doux. Le bleu symbolise la sagesse, le vert la nature. Il s’agit donc de la Sagesse incarnée, c'est-à-dire du Verbe, la deuxième personne de la Trinité.

La couleur des vêtements de l’ange de gauche reflètent une multitude de couleurs : du bleu, du rouge, du jaune, des teintes irisantes, nacrées, … « L’Esprit souffle où il veut » dit l’Evangile ; il ne peut être limité, contenu, déterminé par tel signe. Il n’a pas d’attribution définie sur le plan des couleurs.

Un argument déterminant

Le personnage de droite se mire dans le vin ou le sang de la coupe et à sa surface apparaissent les traits de son visage. Le colloque des trois anges porte donc sur la Sainte Face que contient la coupe. Par la même, Roublev évoque la passion du Christ. Le personnage de droite, le Fils, se mire dans la coupe ; il y voit sa face ; il perçoit déjà tout le mystère de la Croix.

L'icône de la Trinité de Roublev

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Les trois anges