Regarder et contempler : la beauté souveraine de l’icône, la finesse et la douceur des visages, leur similitude parfaire, la paix sereine qui émane du tableau, la communion frappante entre les personnes, leur "mouvement immobile", l’harmonie et la richesse somptueuse des couleurs, la luminosité qui semble jaillir des anges aux ailes d’or, le jeu des lignes droites et des lignes arrondies, la légèreté presque immatérielle de l’ensemble…

Les anges obéissent à quelques règles traditionnelles de l’angélologie : ils sont chaussés de sandales ordinaires (simples semelles tenues par des courroies laissant le dessus des pieds découvert), ils tiennent à la main le bâton des pèlerins.

La masse de la chevelure est un trait propre à Roublev : tous ses anges sont admirablement coiffés, avec des cheveux bouclés sur le devant et les côtés, lisses sur la partie supérieure ; ils forment une masse arrondie très harmonieuse.

Le bandeau, que l’on voit juste au dessus du visage, est très traditionnel. Les anges sont reconnaissables à ce trait, parce que même s’ils ont les cheveux courts, ils portent une bandelette nouée derrière la tête. Les pans du nœud voltigeant autour de l’oreille prirent une signification : celle de l’écoute, de l’obéissance. Les anges sont des messagers parce que, d’abord, ils écoutent les ordres du Seigneur. On peut les percevoir, à peine visibles, à l’intérieur du nimbe, lui aussi traditionnel pour les anges.

Les vêtements suivent aussi les lois habituelles de l’art byzantin où les personnages sont vêtus en principe d’une tunique et d’un manteau. Roublev a su admirablement jouer des deux : le manteau recouvre les deux épaules de l’ange à notre gauche, tandis qu’il ne repose que sur une épaule, soit la droite soit la gauche, chez les deux autres, ce qui permet de voir, sur l’épaule laissée libre, la claviculum, insigne des dignitaires romains, sorte d’étole retombant de chaque côté de la tunique. Le décolleté très large est aussi propre à Roublev, il dégage un cou en général très fort ce qui fait ressortir davantage la finesses du visage.

On a le sentiment que Roublev a voulu représenter trois anges à la fois très semblables et très différents ; chacun est semblable à l’autre et pourtant le Père a sa spécificité, le Fils aussi, l’Esprit également.

L'icône de la Trinité de Roublev

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Le colloque divin