A ce stade, il faut reprendre le sens de la scène entière. Les trois personnages sont venus rendre visite à Abraham pour lui parler de ce qui le préoccupe. Il n’a pas de fils. Il en espère toujours un, car il lui a été promis qu’il aurait des descendants aussi nombreux que les grains de sable du rivage ou les étoiles du ciel. Mais il n’en a toujours pas et il prend de l’âge ainsi que sa femme.

Les trois personnages viennent lui annoncer un descendant pour l’an prochain. Plus qu’Isaac, infiniment plus qu’Isaac. Il faut écouter Saint-Paul là-dessus : lorsque Dieu promit un fils à Abraham, il lui parla d’un descendant ; il ne parla pas de "descendants" au pluriel mais de "descendant" au singulier. Car ce descendant c’était le Christ.

Les trois personnages viennent annoncer à Abraham la naissance du Christ qui viendra sauver tous les hommes, ce Christ qui est le Verbe, le Fils. Voilà de quoi s’entretiennent les trois personnes. Mais en annonçant le salut, elles parlent de la façon dont il se réalisera, par la passion du Fils, qui déjà devine sa destinée dans la coupe. Pour assurer ce salut, il devra connaître la croix.

Regardez le Fils, à droite, la tête penchée vers la coupe, le visage grave. Il accepte d’avance sa mission douloureuse, la main droite abaissée manifestant ce mystère de son consentement.

Le Père, au centre, est tourné vers lui. Regardez la façon dont il est assis ; seule la tête penche à sa droite ; tout son corps va vers le Fils bien-aimé en qui il se complaît, comme le dit plusieurs fois l’Evangile. C’est le Fils qu’il a engendré de toute éternité et qu’il envoie parmi les hommes. Combien de fois, le Christ parlera du Père comme de celui qui l’a envoyé.

Tout en étant tout entier au Fils, le Père est aussi tout entier à l’Esprit comme pour lui donner un rôle : c’est lui qui guidera le Fils tout au long de sa vie humaine et qui l’assistera dans sa mission crucifiante. Voyez comment l’Esprit le regarde, dans une attitude ferme, droit ; il le soutiendra. Comme ce regard est à la fois plein de bonté et d’assurance.

Ici encore combien de fois nous entendrons le Christ dans l’Evangile parler de cette aide de l’Esprit : il le dira de multiples manières, par exemple en citant Isaïe : « L’Esprit de Dieu repose sur moi ; l’Esprit de Dieu m’a envoyé ».

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