Ils se ressemblent étrangement avec leur nez fin très long, leur bouche étroite, leur menton très petit, les sourcils légèrement arqués.

Ils expriment une certaine gravité sans aucun doute, mais aussi, et tout autant, une douceur étonnante, une paix qui rayonne.

Il faut resituer Roublev dans son temps : fin 14e – début 15e, les tartares se livrent à toutes les exactions. La Principauté de Moscou connaît les heures les plus sombres de son histoire. En saine logique, Roublev devrait faire appel à un Dieu vengeur et voilà qu’il songe à un Dieu infiniment compatissant, plein d’amour pour un peuple dont les souffrances débordent : le Dieu de tendresse et de pitié dont parle la Bible.

Les trois anges n’ont rien de hautain ni d’écrasant ; ils sont d’une simplicité déconcertante ; on peut parler à leur sujet de l’humilité de Dieu. Les regards de chacun des trois anges, le jeu de leurs mains, l’inclination de leur tête respective expriment manifestement une communion extraordinaire entre eux.

Une autre habitude de Roublev est de peindre des personnages très grands. C’est ce qui donne cette impression de légèreté, d’immatérialité à la scène ; rien n’est pesant ni lourd.

Que ce soit dans la partie supérieure avec le mouvement des têtes, que ce soit vers le bas avec la disposition des sièges, des escabeaux, des pieds, que ce soit sur les côtés avec le mouvement des corps inclinés des anges latéraux, l’impression est très vive que l’ensemble des personnages s’inscrit dans un cercle.


L'icône de la Trinité de Roublev

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Les visages et les corps